‹ Poésies complètesChapitre 147 sur 160 · HOMMAGE A MA VILLE NATALE · texte numérisé non relu

HOMMAGE A MA VILLE NATALE

Au mirage éclatant qui m'attirait d'abord ,

Le désencliantement, rivage an sombre bord;

Arides régions de deuil toujours couvertes,

Où l'âme en s'avançant compte et pleure ses pertes,

Où tout ce qu'elle aima devient cendre et débris,

Où l'amour et la foi ne trouvent plus d'abris,

Où le désir ardent de la gloire a fait place

A la froide raison qui comprend que tout passe ;

Que le plus grand éclat, comme le plus grand bruit,

S'apaise dans la mort et s'éteint dans la nuit !

Lorsque l'homme en est là, nul succès ne l'enivre.

O mes concitoyens ! mon âme est dans ce livre ;

Lisez-le, vous verrez que je n'ai point jeté

Un appel orgueilleux à l'immortalité,

La gloire , cet écho que l'avenir emporte ,

Est déjà dans mon cœur une espérance morte :

Je vois s'avancer l'ombre, et je pressens l'oubli !

Mais avant que mon nom y tombe enseveli ,

J'évoque du passé les touchantes images.

Vous qui m'avez connue , oh ! vous lirez ces pages !

Vous chercherez l'enfant dans le poète ; eh bien !

Vous le retrouverez plein de foi dans le bien,

Jetant les cris hardis d'une âme généreuse.

Sans guide s'élançant dans l'arène orageuse ,

Luttant avec courage, et parfois triomphant!

Le poète a gardé les instincts de l'enfant :

Il a su conserver, malgré tant de blessures,

Un cœur toujours aimant, des lèvres toujours pures;

Et, pour ceux dont la haine a fait ses jours amers ,

Vous trouverez encor le pardon dans ses \ers !

Souris à mon retour, ô ma ville natale ! Ce livre, c'est vers toi mon âme qui s'exhale. C'est moi qui te reviens pour ne plus te quitter : Ces chants de ton enfant, tu vas les adopter; Et, quand je dormirai dans la tombe enfermée , Seule, tu garderas ma frêle renommée.

310 MKZZA VIT A.

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