‹ Poésies complètesChapitre 156 sur 160 · FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

FONTAINEBLEAU

Dans cette poétiqno lice On s'exerçaient les arts rivaux , Benvenuto, le Primatice, Luttaient de glorieux travaux !

Mais, près de ces splendeurs couvait la sombre liaine; Sous les roses le sang se montrait à demi, Et, dans ce beau palais où Diane était reine, Catherine rêvait la Saint-Barthélémy.

Plus tard , Christine à ces annales Ajouta sa page en passant, Drame qui sur les blanches dalles Fut écrit en lettres de sang.

Le calme des grands bois, la fraîcheur des ombrages N'avaient pu de son àme apaiser les orages !

Que de grands faits à retenir!

Malheurs, crimes que rien n'efface!

Ici chaque règne a sa place , Chaque siècle a son souvenir!

L'Empereur erre encor silencieux et pâle. Dans cette vaste cour : il descend l'escalier ; ]1 vient de dépouiller la pompe impériale: Lui qui courba le monde est forcé de plier!

Un adieu solennel sort de sa voix éteinte ; Puis devant son armée , autrefois son orgueil , 11 s'incline!... Oh! ce jour a mis sur cette enceinte Un sceau de gra;ideur et de deuil.

3 '2 MKZZA VITA.

Mais hier le palais , de sa base à son faîte , A soudain tressailli pour une douce fête : l^ar un jour de i)rintemps, pur, riant, embaumé, il a rouvert ses murs à la foule empressée, Qui vient pour saluer la noble fiancée D'un prince par la France aimé !

Qu'elle soit heureuse et bénie

La vierge de la Germanie

Que l'amour conduit parmi nous!

Désormais, fille de la France,

Que ses jours coulent sans souffrance

Auprès de son royal époux.

Du siècle le plus grand poète, fioethe , de cette jeune tète A caressé les blonds cheveux ; Ce regard plein d'intelligence , Ce sourire, ce front qui pense.

Du génie attiraient les vo'ux.

Vieillard à la gloire immortelle.

Que pouvais-tu rêver pour elle Que ce beau jour n'ait surpassé?

De la France elle sera reine!

Que son âme est fière et sereine !

Comme elle aime son fiancé !

Oh! néant du bonheur!... la chambre nuptiale A gardé sa parure, et sous ces lambris d'or. Près du balcon en fleurs dont le parfum s'exhale. Se penchant l'un vers l'autre on croit les voir encor!

O pauvre àme brisée! ô veuve désolée!

Quoi!... sitôt!... ô mon Dieu! séparés ici-bas! Jl dort, le jeune époux, dans son froid mausolée! Et cette chambre, hélas! ne les reverra pas!...

FOJNTALNEBLEAU. 323

Vous le voyez, ici tout gémit et tout pleure. Devant mon deuil obscur la royale demeure

Fait passer ses grands deuils.

Égaux par nos regrets, égaux par nos misères. Plaignons, plaignons les rois, ils sont aussi nos frères L'impartiale mort visite tous les seuils !

Et, le cœur désolé, je sortis de ces salles. Dans les cieux se levaient quelques étoiles pâles; Les grands bois s'éclairaient vers le couchant en feu : La nature était là, calme, riante et belle. J'allai vers cette amie^éloquente et fidèle , Qui raffermit notre âme en l'élevant à Dieu !

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