‹ Poésies complètesChapitre 157 sur 160 · MA GRAND'MÈRE · texte numérisé non relu

MA GRAND'MÈRE

A mOHSÏESE Ï!©2ΩBS ÊïaAïK D'ABIMES

Parmi tant de cités que le Rhône orageux Arrose de son cours ou limpide ou fangeux , Celle oii mon souvenir sans cesse me ramène C'est Arles, à la fois et gothique et romaine, Ville des grands débris et des belles amours.

Là l'idéal des Grecs plus pur renaît toujours ; Là de leurs frais atours les femmes revêtues Ont la taille et les traits des antiques statues ; Et la fdle du peuple, en jupon écourté, De la Vénus du lieu * rappelle la beauté.

Eh ! quel marbre divin vaut ces femmes divines ! Fleurs riantes \ivant au milieu des ruines, Par un été brûlant , il faut les voir le soir Dans le vaste Aliscamp ^ sur les tombes s'asseoir ; Ou bien, d'un fol amour peuplant leurs rêveries, Aux Arènes chercher l'ombre des galeries ; Ou, dans la cathédrale au féerique portail. Prier, le front rougi du reflet d'un vitrail ; Vers les rives du (leuve errer sous les saulées ; Ou, guidant un esquif de leurs mains effilées, Folâtres, se pencher sur l'onde en l'agitant. Passer d'un bord à l'autre et ramer en chantant.

Jamais l'art n'égala leurs grâces naturelles :

Leur pied, leur sein, leur bras, tout est parfait en elles;

Leur esprit sans culture a des jets lumineux ;

Leur cœur tendre et naïf enlace dans ses nœuds.

De la beauté classique uniques héritières.

Elles savent leur charme, et sont chastes et fières.

Aussi que d'aspirants courbés à leurs genoux! Que de jeunes cerveaux elles ont rendus fous ! Que de brillants seigneurs (au temps des seigneuries!) Pour leur plaire ont aux pieds foulé leurs armoiries. Greffant l'arbre orgueilleux d'une antique maison Sur la fleur de beauté qui vaut bien un blason !

Je comprends leur folie , et ceci me rappelle , Arles , de les beautés la beauté la plus belle :

i La Vrnus d'Ailes est nu Louvre, dans la sallu dis Antiriues.

2 Immengc iliain|i de s'pullurc , doi.l 'c Daiilc ;i iiarir daiii ;0D £"/'/

Si corne ad Arli, ov ■ '1 ('x.danu hii>(;iio,

1 aiiou i scpolcii lulio 'i Iolo vin^.

>IA GRAINU'MÈRE.

Elle fut ton prestige, elle fut ton trésor. Après quatre-vingts ans, tu t'en souviens encor. Ce qu'elle avait d'attraits, on ne saurait le dire ; Kul ne pouvait la voir sans subir son empire. Rose était son doux nom , et toute la cité La nommait à l'envi la Rose de beauté. Son corps eût délié la statuaire antique , Sa tète, Raphaël. Vierge simple et pudique. Elle avait dix-sept ans quand mon aïeul la \it. L'amour qu'il eut pour elle et ce qui s'ensui\it, Vous l'avez deviné : Rose devnit sa femme , En exaltant ses sens elle toucha son àme; Lui, le riche seigneur, le chef du parlement. Pour compagne il prit Rose avec enivrement. Mieux vaut ce bel amour, ce roman de jeunesse. Que s'il eût épousé quelque laide duchesse !

Ainsi je sors du peuple, et j'en fais vanité. Des biens de mon aïeul je n'ai pas hérité; Mais du moins (cet espoir n'est pas une chimère) Un jour ma fille aura l'hieffable beauté De ma belle grand'mère !

Doux charme de mes yeux ! oh ! je préfère encor Ce riant héritage à la noblesse et l'or !

l'ail!., 18 il.

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