‹ Poésies complètesChapitre 35 sur 160 · RÉPONSE A UN POÈTE · texte numérisé non relu

RÉPONSE A UN POÈTE

Comme un astre luit sur la terre , Sans que sa lumière s'altère Aux feux obscurcis d'ici-bas; Ou , comme ces vagues lointaines , Qui jamais n'ont baigné les plaines Que l'homme foule sous ses pas :

Heureuse est ton âme , ô poète !

L'univers entier s'y reflète, Ton regard plane dans les cieux ; Et de ces sphères, qu'il explore, 11 n'a pas vu surgir encore Les rayons d'un jour soucieux.

A ta voix toujours ingénue, L'hymne de deuil est inconnue; Pour toi la vie est dans sa fleur ; Et sur ton front pur et candide On ne voit pas encor la ride Que creuse en passant la douleur,

La muse que tu t'es choisie.

Source de toute poésie.

Inspira mes accords naissants; A ses foyers , où tu t'embrases , Au sein des plus pures extases , Ma Ivre enflammait ses accents.

en FLEURS DU MIDI.

J'évoquais, dans leur harmonie, Dieu, la nature, le génie, Ces trois déités que tu sers!

Le monde idéal de mes songes Était le même où tu te plonges Pour créer tes chastes concerts

Là, m'enivrant comme l'abeille.

Qui boit les parfums, puis sommeille Dans les calices dépouillés.

J'errais de richesse en richesse , Et par des larmes de tristesse Mes yeux n'étaient jamais mouillés.

Mais, quittant sa céleste orbite,

Sur ce globe que l'homme habite

Mon étoile sembla pâlir :

Ici , plus d'ineffable joie ;

Je n'ai pas trouvé sur ma voie

Une seule fleur à cueillir.

Voilà pourquoi mon Ame est triste ; Hélas! des banquets où j'assiste Si je savoure la liqueur, La coupe où je cherche l'ivresse N'offre à ma Icvre qui la presse Rien de ce qu'a rêvé mon caur !

Page 1