‹ Poésies complètesChapitre 37 sur 160 · A UN POETE · texte numérisé non relu

A UN POETE

Oh ! souffrir et pleurer, c'est ce qui régénère ; L'homme n'est vraiment grand qu'alors qu'il a gémi ; Quel que soit ton malheur, mon âme le vénère ; Pour moi l'infortuné fut toujours un ami.

Si j'avais une voix de séraphin pareille

A celle qui de Job adoucissait les maux ,

Sur ta couche de deuil, penchée à ton oreille.

J'irais, quand tu gémis, te murmurer ces mots:

cha:nt de consolation. go

Au creuset des douleurs épure-toi , jeuuc homme ; Fuis le monde , au désert emporte ton chagrin ; Et là, prie en pleurant, comme faisait Jérùme, Et tu verras pour toi s'ouvrir un ciel d'airain.

Qu'importe l'ironie? il faut qu'ils te dédaignent, Ceux qui venaient jadis t'enivrer de leurs jeux : Cache-leur le vautour dont les serres t'étreignent ; Contre l'adversité sois fort et courageux !

Au regard de la foule insouciante et gaie , Qui profane la vie et te raille en passant. Mendiant sa pitié , n'étale point ta plaie ; Elle resterait froide à tes larmes de sang.

Ou bien si devant toi s'arrêtait l'insensée

Elle te dirait : « Viens , le plaisir dure encor,

» A'iens ! c'est comme autrefois , la fête est commencée ,

w Nous avons de l'amour, de l'ivresse, de l'or !

» Viens ! c'est assez verser de pleurs sur une morte ; » Son trépas t'a sauvé d'un futur abandon ; » Ses charmes ne sont plus que poussière : et qu'importe » Son âme ! à ce mot vide, enfant, croirais-tu donc?

» Quoi! pour te consoler, n'est-il pas d'autres femmes! » Priant sur un tombeau , tu languis, tu te meurs ! » Viens ! ! ! « et pour t'entrainer à leurs plaisirs infâmes, lis t'entoureraient tous d'ironiques clameurs.

Ils flétriraient ta foi, ton noble enthousiasme. Tes touchants souvenirs, tes images de deuil ; Tes pleurs se tariraient sous leur mordant sarcasme. Et tu prostitùrais ton Ame à ton orgueil.

Car bientôt, n'osant pas déserter leur bannière, Toi-même, te raillant de ta propre douleur. Tu perdrais à jamais cette pudeur dernière Qu'éveille encor en nous l'aiguillon du malheur.

Sans rofçret, sans ospoir, tu poursuivrais ta route; Et, souriant parfois d'un rire de démon, Tu dirais, n'ayant plus d'autre dieu que le doute : Infortune, bonheur, vous n'êtes qu'un vain nom !

Ah ! fuis l'impur contact de ces cœurs froids et vides ; Dis à la foule athée un dédaigneux adieu : Aujourd'hui , ce n'est plus qu'au fond des Thébaïdes Qu'on retrempe son âme et qu'on retrouve Dieu.

Aux bords où tu naquis , sur les rives sauvages Que le vaste Océan embrasse de ses flots. Va chercher un asile où la voix des orages Comme une voix d'ami se mêle à tes sanglots.

Quand ton âme est en proie à son ardente fièvre , Quand l'affreux cauchemar sur ton sein vient s'asseoir. Et qu'un spectre de femme, en eflleurant ta lèvre, T'arrache , dans la nuit , des cris de désespoir ;

Là, tu pourras vouer un culte à la mémoire De cette ombre chérie attachée à tes pas : A l'immortalité l'amour te fera croire : Tu verras l'espérance au delà du trépas.

Et tu voudras prier : car lorsqu'on prie il semble Que ceux qui ne sont plus nous entendent encor : Les êtres qui s'aimaient communiquent ensemble, Et vont se réunir par un mystique essor.

La prière, montant à Dieu dont elle émane , Des ombres d'ici-bas fend les voiles épais ; Elle nourrit les cœurs d'une céleste manne ; Après de longs combats elle donne la paix.

Le vois-tu , ce martyr de la liberté sainte , Qu'une double auréole attend dans l'avenir? Victime résignée, il n'a pas une plainte, Et sa voix dans les fers s'élève pour bénir.

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