‹ Poésies complètesChapitre 42 sur 160 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

C'est un de ces frelons de la littérature , Qui, d'auteurs en auteurs, butinent leur pâture, Formant péniblement, de ce qu'ils ont ^oIé, Un N olume indigeste et de vers et de prose , Où sur le frontispice un artiste les pose En noir démon échevelé !

C'est un de ces faiseurs de mauvais mélodrame , Singeant les passions, et n'ayant rien dans l'àmo;

Qui font joyoïise vie et chantent leurs regrets, Parlent du désespoir d'une jeunesse aride, Se meurent lentement et n'ont i)as une ride Sur leurs visages gras et frais!

C'est un de ces dandys , de ces fats à la mode

Qu'un ami de province à Paris incommode.

Qui nomment leur vieux père avec un air railleur,

Qui montent, à Longchamps, une jument fringante,

Ont un habit de Staiib, à la coupe élégante,

Et n'ont jamais payé ni sellier ni tailleur.

Un de ces mendiants d'éloges de gazette A qui d'im feuilleton l'encens tourne la tcte, Et qui, pour obtenir cette gloire d'un jour. Font mille humbles saints, prodiguent les visites, Ou captent les bravos des auteurs parasites Dans un rendez-vous chez Véfour!

Là, lorsqu'ils ont vidé Champagne et malvoisie, En le proclamant tous roi de la poésie , Ils ceignent de laïuiers l'heureux amphitryon, Et lui, mauvais acteur, né pour être comparse, Qui peint le sentiment comme on peindrait la farce , Se croit aussi grand que Byron!

LTANE. 77

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