LIANE
Jeune levrette au poil d'ébène, Au flanc mince, au col assoupli, Ton dos, où ma main se promène, A l'éclat de l'acier poli.
Tu dresses tes noires oreilles Comme deux ailes de corbeau ; Tes dents d'ivoire sont pareilles A la blanche écume de l'eau.
Ton œil, quand sur sa proie il plane, Brille comme l'œil d'un démon.
Et ta jambe fine, ô Liane!
Est aussi Irèle que ton nom.
L'écureuil n'a pas ta souplesse ; Ton corps svelte , léger, moelleux , Sous ma main qui le tient en laisse , Bondit comme un flot onduleux.
Puis, quand je te livre l'espace, L'oiseau ne peut suivre tes pas ; La flèche moins rapide passe.
L'œil ébloui ne te voit pas.
Le bois, le torrent, la montagne, ?j 'arrêteraient pas ton essor; Mais à ma voix , douce compagne , Près de moi tu reviens encor.
Léchant la main qui te caresse, Par tes ébats capricieux Tu sais , de ta triste maîtresse , Dérider le front soucieux.
Sur mes deux genoux tu t'élances, Le cou penché , l'ail en émoi ; Puis, coquette, tu te balances Sur mon pied étendu vers toi.
Dans ta course, rapide ou lente, Tour à tour chamois ou serpent , Tu voles, ou bien, indolente, A mon bras ton corps se suspend.
Et quand je te mets ta parure, Ta chaîne d'or et ton collier.
Tu brilles comme sous l'armure Brillait un jeune chevalier.
Cliàtcau (le S(;rvnniie, st^piembif 1835.