‹ Poésies complètesChapitre 45 sur 160 · BIANCA NEVE · texte numérisé non relu

BIANCA NEVE

La neige offre aux regaids de noirâtres sillons

Et jette, une onde impure aux ruisseaux des vallons.

Ainsi , nous révélant sa céleste origine ,

L'i\me descend de Dieu dans sa blancheur divine;

Voyez que d'innocence et que de pureté

Dans cette jeune lille ignorant sa beauté !

Le désir, vierge encore, en ses yeux étincelle ;

Un mystère d'amour se répand autour d'elle.

Et l'homme, en la voyant, à l'aimer condamné,

Sous son regard divin demeure fasciné.

Quand Dieu la revêtit de notre forme humaine,

Pour elle, de nos maux il allégea la chaîne;

Un lait pur la nourrit, et l'amour maternel

A son âme ici-bas fit retrouver le ciel,

Puis, lorsque s'éveilla sa mobile pensée.

D'ineffables plaisirs elle fut oppressée :

Un rayon du soleil, un souflle du zéphyr.

Un nuage où brillaient la pourpre et le saphir,

Un chant mélodieux , un sublime silence ,

Une prairie en fleurs, un horizon immense,

Les fleuves, les forêts, la mer, les monts, les cieu\.

Tout enivrait son cœur et ravissait ses yeux ;

La nature brillait dans cette âme naïve

Comme dans un Ilot pur se reflète la rive ;

Quand ses regards émus embrassaient l'infuii ,

Ce monde , en sa pensée , au ciel était uni ;

Tous les biens d'ici-bas, tous les biens qu'on espère.

De ses rêves d'amour agrandissaient la sphère,

Et la mort lui semblait comme un second berceau ,

D'oi^i l'homme, en s'élançant, voit un monde nouveau.

Telle était, à quinze ans, cet ange, cette femme; Elle était belle alors, belle comme son âme !

Mais, hélas ! sur sa voie un homme s'est trouvé; Elle a cru voir en lui l'époux qu'elle a rêvé. Et cet homme a flétri la vierge pure et sainte. De la honte à son front il a gravé l'empreinte ; Quand de sa vie entière elle lui faisait don , En feignant la tendresse il rêvait l'abandon !

C'est lui qui l'a livr<^c aux souillures du mondo , Lui qui la trouva chaste et la rendit immonde ; Lui qui jeta la perle à la dent du pourceau , Et la neige sans tache aux fanges du ruisseau !

Eh bien ! on applaudit h cet homme ; et la femme Qui meurt sur un grabat, apparaît seule infâme !

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