BIANCA NEVE
La neige offre aux regaids de noirâtres sillons
Et jette, une onde impure aux ruisseaux des vallons.
Ainsi , nous révélant sa céleste origine ,
L'i\me descend de Dieu dans sa blancheur divine;
Voyez que d'innocence et que de pureté
Dans cette jeune lille ignorant sa beauté !
Le désir, vierge encore, en ses yeux étincelle ;
Un mystère d'amour se répand autour d'elle.
Et l'homme, en la voyant, à l'aimer condamné,
Sous son regard divin demeure fasciné.
Quand Dieu la revêtit de notre forme humaine,
Pour elle, de nos maux il allégea la chaîne;
Un lait pur la nourrit, et l'amour maternel
A son âme ici-bas fit retrouver le ciel,
Puis, lorsque s'éveilla sa mobile pensée.
D'ineffables plaisirs elle fut oppressée :
Un rayon du soleil, un souflle du zéphyr.
Un nuage où brillaient la pourpre et le saphir,
Un chant mélodieux , un sublime silence ,
Une prairie en fleurs, un horizon immense,
Les fleuves, les forêts, la mer, les monts, les cieu\.
Tout enivrait son cœur et ravissait ses yeux ;
La nature brillait dans cette âme naïve
Comme dans un Ilot pur se reflète la rive ;
Quand ses regards émus embrassaient l'infuii ,
Ce monde , en sa pensée , au ciel était uni ;
Tous les biens d'ici-bas, tous les biens qu'on espère.
De ses rêves d'amour agrandissaient la sphère,
Et la mort lui semblait comme un second berceau ,
D'oi^i l'homme, en s'élançant, voit un monde nouveau.
Telle était, à quinze ans, cet ange, cette femme; Elle était belle alors, belle comme son âme !
Mais, hélas ! sur sa voie un homme s'est trouvé; Elle a cru voir en lui l'époux qu'elle a rêvé. Et cet homme a flétri la vierge pure et sainte. De la honte à son front il a gravé l'empreinte ; Quand de sa vie entière elle lui faisait don , En feignant la tendresse il rêvait l'abandon !
C'est lui qui l'a livr<^c aux souillures du mondo , Lui qui la trouva chaste et la rendit immonde ; Lui qui jeta la perle à la dent du pourceau , Et la neige sans tache aux fanges du ruisseau !
Eh bien ! on applaudit h cet homme ; et la femme Qui meurt sur un grabat, apparaît seule infâme !