IMITATIONS DE SHAKSPEARE
HKLENE A HERMIA.
Est-ce là de ton ccur ce que je dus attendre ? De notre confiance illimitée et tendre As-tu donc oublié les intimes douceurs ? Nous devions nous aimer, hélas! comme deux sœurs. Nos heures de bonheur s'écoulèrent mêlées. Quand on nous séparait, rebelles, désolées, Nous reprochions au temps de marcher sans pitié. Ah ! tout notre passé, l'as-tu donc oublié? Notre amitié d'école, où notre double enfance A mêlé ses leçons, ses jeux, son innocence ; L'amour n'eût pas alors éteint notre amitié ; Nos plaisirs, nos travaux., tout était de moitié, tiermia, nous avons, toutes petites filles. Brodé la même fleur sous les mêmes aiguilles , Assises toutes deux sur le même coussin , Confondant mon haleine à celle de ton sein ; Chantant sur le même air une chanson pareille, Afin qu'un seul accord vînt frapper .notre oreille :
FRAGMENTS DU SONCxE D'UNE NUIT D'ÉTÉ. 1 G5
On eilt (lit qu'à nous deux, mains, voix. Ames et corps
Formaient un être seul, mu des mêmes ressorts.
Nous grandîmes ainsi, par un tendre prestige.
Comme deux fruits jumeaux nés sur la même tige.
On voyait nos deux corps, nous n'avions qu'un seul cour,
Ainsi que deux blasons de la même couleur
Qui forment deux côtés et n'ont qu'une couronne !
Et quand le désespoir m'accable et m'environne.
Unie à mes tyrans, tu brises ces doux nanids.
Tu partages pour moi leurs sentiments baineux ;
Tu tortures mon cœur, et sur ta pauvre amie,
En place de pitié, tu verses l'infamie !
OliKRON.
Je connais un berceau semé de tliym sauvage ;
La violette y croît sous l'odorant ombrage
Du chèvrefeuille en Heurs et des blancs églantiers ;
La douce primevère en jonche les sentiers,
Et la rose emliaumée y répand ses calices.
C'est là qu'après avoir épuisé les délices
De la danse et des jeux , sous les fleurs aux fruits d'or,
Aux heures de la nuit Titania s'endort ;
C'est là que des serpents la peau s'est dépouillée
Du fragile tissu de leur robe émaillée,
Vêtement dont à peine ils viennent de sortir
Que le corps d'une fée aime à s'en revêtir ;
C'est là que de ce suc préparé par mes charmes
Sur ses yeux endormis j'épandrai quelques larmes.
Bientôt Titania, sous ce philtre puissant.
Sentira se remplir son cerveau frémissant
Des songes odieux , des folles fantaisies
Dont par cette liqueur les âmes sont saisies.
TITAMA.
Esprits, dispersez- vous, et laissez-nous heureux î Dors, je vais t'enfermer dans mes bras amoureux,
166 PENSEROSA.
Ainsi dans le printenjps l'odorant chèvrefeuille Aux troncs d'arbres noueux entrelace sa feuille ; Ainsi l'on voit le lierre aux flexibles anneaux Presser avec amour l'écorce des ormeaux. Endors-toi sur mon sein , oh ! vois combien je t'aime ! Je t'adore et m'oublie en cet instant suprême.
OBEUON.
De notre œuvre, mon sylphe, enfin sois réjoui,
Admire, ainsi que moi, ce spectacle inouï.
Ce spectacle est charmant, mais il est temps qu'il cesse,
.J'ai pitié malgré moi de sa folle tendresse.
Tout à l'heure, en ce bois, tandis qu'elle passait.
Cherchant de douces fleurs dont sa main enlaçait
Ce monstre fabuleux dont elle s'est éprise ,
Dans son enivrement ici je l'ai surprise,
Et, pour elle, honteux d'un amour aussi bas,
Tout en la querellant j'ai marché sur ses pas.
Elle avait ceint de fleurs les oreilles velues
De cet âne odieux ; ces fleurs, je les ai vues,
S'indignant de tomber sur un semblable front,
Se pencher, se flétrir et pleurer leur affront ;
Les larmes, s'échappant des yeux de leurs pétales.
Goutte à goutte brillaient, perles orientales.
Et quand elle est venue implorer mon pardon ,
Elle ne l'a reçu qu'en échange du don
De son nain gracieux , esprit qu'elle possède ,
Et que depuis long-temps je veux qu'elle me cède.
A mon désir pressant ne pouvant résister,
Alors dans mon royaume elle l'a fait porter ;
Mainteirant de l'enfant étant devenu maître,
Je vais chasser l'erreur qui sut me la soumettre.
Viens, mon aimable Puck, mon sylphe aérien,
Ote ce museau d'àne au rustre athénien.
Et fais qu'étant sorti de sa métamorphose.
Il puisse en oublier et l'effet et la cause.
^loi, je vais rompre aussi le charme qui lia
A ce bizarre amour notre Titania.