‹ Poésies complètesChapitre 94 sur 160 · IMITATION LIBRE D'UNE SCÈNE DE FAUST · texte numérisé non relu

IMITATION LIBRE D'UNE SCÈNE DE FAUST

FAIST

L'amour s'est ranimé! regarde, je suis là!

MARGIERITE.

Que parles-tu d'amour! le devoir l'immola.

FAUST

Oublions le passé, qui reste irrévocable.

MAKGLERITE.

Je voudrais l'oublier, mais le passé m'accable : Le co^ur hésite à croire alors qu'il a douté ; On ne saurait revivre après avoir été... A l'espoir, au bonheur je veux en vain renaître ; Je te vois, et pourtant ne puis te reconnaître.

- FAUST

Suis mes pas!...

MARGUERITE

Tes regards sont remplis de douceur ; Je me sens attiré vers toi comme une sœur.

FAUST

C'est moi, ma bien-aimée. ^

MARGUERITE

Oh ! si c'est toi , j'oublie IMes jours de désespoir, de doute et de folie ! C'est toi! je suis sauvée, et je crois voir encor Ces beaux soleils couchants jetant leurs rayons d'or Sur l'ombre du vallon où nous marchions ensemble. D'amour et de bonheur, vois, tout mon être tremble! C'est bien toi ! c'est bien toi !

FAUST

Viens ! oh ! viens !

MARGUERITE

Il m'est doux De te sentir ainsi ! demeure à mes genoux ! Oh ! ne t'éloigne pas !

FAUST

Hâtons-nous; l'heure passe.

178 PENSEP.OSA.

M.\Rr.lER[TF..

Et qu'impoileiit pour nous et le temps et l'espace ? Ces purs ra\i.sscinenls, (pi'autiefois tu compris, Dans l'altseiice ton co'ur les a donc désappris? Quoi! pas un doux regard! Quoi! pas une parole Comme j'en entendais jadis !... Mon àme est folle ! Oh ! tu ne m'aimes plus ainsi que tu m'aimais ! Je le sens, entre nous le monde est désormais; Le monde a pris ta vie, hélas ! il nous sépare ; A tous ses faux plaisirs il t'entraîne , il t'égare ; Le monde t'a séduit par cet éclat moqueur Qui fait briller l'esprit en étouffant le co^ur. Oli ! reviens à l'amour : l'amour vaut le génie; C'est le rayon du ciel dont notre âme est bénie, La lumière du jour, l'étoile de la nuit ; C'est, dans ces sombres murs, la clarté qui me luit. S'est-il éteint en toi, l'amour i'

FALST.

Non , car je t'aime !

MARGUERITE

Comprends-tu bien l'écho que rend ce mot suprême ? « Je t'aime ! » tu l'as dit... Mais ce mot tout-puissant A-t-il ému to:i co'ur? a-t-il brûlé ton sang? A-t-il fait pénétrer l'ivresse dans ton être ? Quand tu l'as prononcé, tu me raillais peut-être 1 Ton c(t;ur me semble froid, n)uct à nos amours... Oli ! qui me l'a ravi, ce co'ur ?...

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