A MADAME LA BARONNE DE
Qui, moi faire des vers quand mon àme est saisie Par le calme et la paix que l'on ressent ici , Par un bonheur qui vaut mieux que la poésie! Non ; ma lyre est muette et mon cœur dit : Merci ! Merci de ce repos, merci de ce bien-être Que je sens près de vous pénétrer dans mon être. Merci du souvenir que vous m'avez rendu; Oh! je retrouve ici tout ce que j'ai perdu;
I Roiirg Toisio de la petite ville 'le Moiilniiiail , où fut lltne la I aiaill< •le ce nom.
SOUVENIR DE yiELS-MAISONS. 18 {
Je revois ces jours purs que je quittai trop vite
Pour courir à l'abime où tout se précipite ,
Vers ce Paris béant où viennent s'engloutir
L'or (le l'ambitieux et le cœur du martyr,
Du martyr que fait l'art; car l'art, dans sa puissanc«,
Est une passion, une sainte croyance.
Un amour qui survit à nos amours trahis,
Aussi noble, aussi vrai que l'amour du pays.
Ici j'ai retrouvf' le tableau de famille
Où l'aïeule sourit aux enfants de sa fille ,
De sa fille qui, jeune, est aïeule à son tour,
Et partage sa vie en vertus, en amour!
Le soir, près du foyer, son époux nous raconte
Ces grands jours dont l'éclat à notre âge fait honte,
Ces jours de l'Empereur, ce siècle surhumain ,
Où la France tenait le monde dans sa main ;
Il ranime pour nous une parole, un geste.
Tout ce qui du grand homme en sa mémoire reste ;
11 nous peint cette cour où l'on vit à la fois
Des monarques vassaux et des héros faits rois;
11 nous montre , mêlés à sa propre existence ,
Les jours de Joséphine et de la reine Hortense,
Pauvre reine en exil morte si tristement,
Demandant à la France, à son dernier moment.
Une tombe à coté de celle de sa mère ,
Tant la terre d'exil à son âme est amire!
Il aime à rappeler alors à ses enfants
Qu'ils eurent pour marraine, en ces jours triom; liants,
L'un Pauline Borghèse, idéale sirène;
L'autre, la femme forte, et biblique et romaine,
La mère de celui que l'on déifia.
L'héroïsme incarné, qui fut Lœtitia! !'!
Et tous, nous récoutons, et, l'âme émerveillée,
Nous voyons, chaque soir, s'écouler la veillée;
Un doux sommeil la suit, sommeil calme où revient
Un de ces grands récits dont l'âme se souvient.
Puis, au jour, dans des bois que nul ciseau n'émonde.
Un coursier nous emporte insoucieux du monde.
ISi PLNSEROSA.
Iiidifféroiifs aii\ hniits que nous n'entendons pins, Nous nous enivrons d'air au versant des talus ; Nous fondons les arceaux des forôts druidiques Qui se mirent aux bords des lacs mélancoli([ues; Nous voyons se dorer, sous le soleil levant , Le tremble barmonieux qu'agite un léger vent ; Nous voyons , s'envolant du r)ouleau qui frissonne, Tomber dans les sentiers la feuille rouge et jaune; Notre O'il suit les reflets mobiles, variés Qu'aux lisières des bois l'automne a mariés , Nous voudrions fixer leurs contours, et voir peintes Ces masses où le ciel se joue en mille teintes.
Puis, lançant nos coursiers à travers ce vallon, \
On l'écbo dit encor : Gloire à Napoléon ! î
Il fut, dans les revers, plus imposant, plus ferme! ',
Nous chercbons d'un regard ému cette bumble ferme l
Où le béros dormit la veille des combats ; Un massif de noyers nous la cacbe là-bas ; Cette obscure cbaumièrc où s'abrita la gloire , ;.
Immortel monument , doit vivre dans l'bistoire ; |
Et Vernet i, ranimant la bataille en travail. Ne l'a point oubliée aux cliamps de Montmirail.
A ces grands souvenirs, attendrie et rêveuse, Je marcbe et suis le cours de cette onde écumeuj;e Qui bondit dans le parc en torrent tortueux , Se cacbe et reparaît sur le sol montueux , Fuit à travers les rocs que recouvre la mousse, Et répand en passant une musique douce.
Et vous peiisez peut-être , en me voyant ainsi , Que je chercbe des vers... pourrais-je en faire ici? Quand un sentiment vrai nous frappe et nous remue, L'âme qui s'en empreint en silence est émue.
1 Horace Vernel a fait un tai>lenii (Ji; la Itataille de Monliiiirail ; on y voit la cliaiimicre où Xapolron a coiiclié.