‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 22 sur 95 · NOTICE BIOGRAPHIQUE XLV · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE XLV

offrait sa chère rivière, le Thoziet, dont le murmure avait caressé son imagination d'enfant et dont les rives ombreuses abritaient les espérances d'avenir de sa jeunesse, entremêlées, hélas ! de noirs pressentiments. : . Paresseusement étendu le long de ses bords il laisse courir sa pensée qui, sous le charme enivrant du rêve et du site, s'égrène en strophes inspirées :

Souvent alors mon front se penche, Docile au vent comme la branche Du saule qui frémit là-bas ; Et, las des plaisirs éphémères, Je rêve de douces chimères Que l'avenir ne verra pas !

Là, nul bruit ne vient me distraire !

Mélancolique et solitaire,

Je me hâte de sommeiller,

Là, je peux rêver tout mon rêve,

Sans crainte qu'avant qu'il s'achève

La raison vienne m'éveiller ^

En lisant toute cette pièce, on reconnaît aisément l'un de ces gris paysages de notre Anjou, doucement estompé par une fine brume d'automne s'élevant au-dessus de l'étang qu'encadre la lisière aux tons de rouille de la forêt.

Puis, quand, descendant le cours du fleuve jusqu'à Thouars pour aller visiter sa famille, il rencontre ses

* La halte au marais.

XLVI CHARLES DOVALLE

eaux emprisonnées entre les rochers et rejaillissant en flocons neigeux, son enthousiasme éclate ; il respire à pleins poumons dans ce lieu désert, son sang court plus vite et, pour rendre le flot tumultueux des impressions qui le pressent, il fait appel tour à tour à la cadence du vers et à son crayon qui reste impuissant ; alors, son tempérament rêveur et ami de la solitude reprend le dessus; il souhaite d'aller s'asseoir sous les grands chênes pour se laisser bercer par le bruit de la cascade que rien ne viendrait troubler.

Qui?... peut-être un lézard, au soleil endormi, Qui court, en s'éveillant, sur des herbes froissées Et se cache à demi ; • •.......•

Ou bien peut-être encore, une bergeronnette Capricieux oiseau qui voltige toujours Et chante, par les prés, ainsi qu'une fillette Heureuse en ses amours. . .

Je dirais au lézard, à la bergeronnette

Au joli papillon :

Hôtes de ces rochers, vagabonde famille, Si jamais elle vient, oh ! parle-lui de moi, Et dites-lui : « C'est là qu'il s'assit, jeune fille,

Pour mieux songer à toi ... ! »

Une année même, lors de son départ en vacances, il résolut, afin de donner cours à ses goûts d'excursion, d'abandonner la banale et traditionnelle diligence pour . aller à pied de Poitiers à Montreuil. Ce rêve d'étudiant fantaisiste, rompant avec les sentiers battus, était auda-

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