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NOTICE BIOGRAPHIQUE XLIX

Dans le mouvement littéraire qui entraînait alors la France vers le romantisme et la poésie, les femmes n'avaient pas été les dernières à y prendre part. M"^^ Tastu, Louise Colet, M'"^ Desbordes-Valmore, la fille de Nodier, celle de Bertin, Hermance Lesguillon, Elisa Mercœur, disputaient aux hommes le sceptre de la versification et on les appelait les dixièmes muses ^

Dovalle semble s'être complu dans la société de ces beaux esprits et avoir recherché leur lecture. C'est sans doute dans leur fréquentation qu'il prit ce genre un peu mièvre qui caractérise son pinceau et ce qui lui inspira l'idée d'emprunter le masque féminin pour abriter ses débuts littéraires.

Quoi qu'il en soit, c'est sous le pseudonyme de M"^ Pauline A..., de Poitiers, qu'il envoya au Journal de Modes et au Mercure de ce temps ses premiers poèmes, notamment l' Oratoire du Jardin ; et tels en étaient le tour heureux et la grâce aisée qu'ils trompèrent jusqu'au Directeur lui-même, qui, lorsque parut ce charmant conte, en 1827, l'accompagna de cette note :

L'auteur de ces jolis vers a, dit-elle, dix-neuf ans ; c'est l'âge de l'indulgence ; elle nous pardonnera donc le léger changement que nous

' Cf. Ed. Fournier, Souvenirs poétiques de l'École romantique, 1880, Paris, Laplace, préf. p. II ; — August. Challamel, Souvenirs dun hugolâire, pp. 199-200.

CHARLES DOVALLE

nous sommes permis. Nous nous joignons à ses amis pour l'engager à suivre ses poétiques inspirations. A Poitiers, si l'art des vers est interdit aux femmes, à Paris, c'est pour elles une chose très permise. On y défend aux demoiselles de monter sur le trépied, mais non pas de manier la lyre.

La supercherie renouvelée de la Métromanie de Piron réussit au point, comme dans Modeste Migno7i de Balzac, que la correspondance du Directeur avec sa jeune collaboratrice revêtit bientôt les formes de la plus sincère galanterie, jusqu'à ce que Dovalle se décida enfin à ne pas pousser plus loin la plaisanterie et à lever le voile de Tanonyme ; aussi c'est sous son nom que furent publiés, la même année, des fragments d'un poème héroïque en plusieurs chants, le Troubadour^ que le Directeur, sur sa demande, l'encouragea vivement à continuer, applaudissant à cet heureux début, tout en regrettant « qu'il n'ait pas choisi un sujet plus conforme aux mœurs graves et au goût de l'époque ».

Dovalle termina son droit après trois ans d'études à Poitiers, passa sa thèse et fut reçu licencié en 1827.

MontreiLil-Bcllax — La tour dit Guichet

Sa famille ayant à pourvoir à l'éducation de trois autres enfants et n'étant pas riche, il dut songer à prendre une carrière. Son père et lui inclinèrent vers le barreau ; il fut donc convenu qu'il irait à Paris et qu'avant de se faire inscrire comme stagiaire, il entre-

LU CHARLES DOVALLE

rait dans une étude d'avoué, afin de se familiariser avec la procédure.

De tous les rêves ambitieux qui peuvent éclore dans la tête d'un jeune homme de 20 ans arrivant à Paris, le plus fréquent peut-être est de conquérir la grande ville à sa réputation et, au milieu de ce monde d'inconnus, de se faire un nom connu.

Impatient de prendre rang dans la phalange des poètes, enivré d'ailleurs par ce souffle de liberté qui animait alors une grande partie de la jeunesse parisienne, il court droit à son chantre favori, Béranger, dont la popularité excitait son admiration, et lui dédia Son Rêve ^, chanson dont le refrain :

Ah ! laissez-moi rêver la liberté !...

était animé d'un souffle généreux.

Dovalle espérait par là se concilier la bienveillance du maître et donner à son talent la consécration de sa haute autorité.

Le célèbre chansonnier, charmé sans doute par l'heureuse inspiration de la pensée et le rythme bien cadencé du vers, se mit en frais de coquetterie et répliqua en ces termes, non moins flatteurs pour leur auteur que pour celui qui en était l'objet :

' Janvier 1828.

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