‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 25 sur 95 · NOTICE BIOGRAPHIQUE LUI · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE LUI

Monsieur, Je suis heureux lorsque des hommes de votre âge me donnent des marques d'intérêt. Le suffrage de la jeunesse est celui qui me satisfait le plus. Aussi, je vous dois de doubles remerciements pour vos éloges et pour votre chanson qu'il m'est doux d'avoir inspirée. Je me garderai bien « d'en faire des papillotes même à Lisette * », en supposant, toutefois, qu'il y ait encore des Lisette pour un chansonnier de 47 ans. Mais je vous engage bien à entremêler vos copies de jugements d'actes aussi agréables que celui dont communication vient de m'être faite. Ces; ainsi que Collé, notre devancier, en usait chez le procureur, et vous savez. Monsieur, que Collé était un grand clerc dans notre basoche.

Cette lettre, pleine de cette fine bonhomie qui avait valu son surnom à celui qui l'avait écrite, encouragea notre jeune poète à continuer dans cette voie, et bientôt à cette première chanson en succédait une autre composée sur l'air du Carnaval du chansonnier et intitulée le Curé de Meudon ^.

Elle parut dans le Mercure de 1828 et eut une telle vogue qu'elle fit le succès d'un vaudevilliste qui l'avait glissée, comme nous le faisons actuellement pour nos revues^ dans une pièce du Palais-Royal portant le titre de Rabelais.

Le Tout-Paris firondeur de cette époque se renvoya le refrain de cette joyeuse ballade inspirée évidemment par le pamphlet de P.-L. Courier paru quelques années auparavant.

' Sans doute Dovalle avait accompagné son envoi d'une lettre où il faisait allusion à Lisette.

* Rabelais.

En possession dès lors de la renommée, il commença à avoir confiance dans cet avenir que son âme anxieuse interrogeait avec inquiétude :

De l'avenir, si vous percez les voiles Ah ! dites-moi, dites, que voyez-vous ? Sous le rocher, ma nacelle enchaînée D'un vain roulis tourmente son repos.

Au port banal est-elle condamnée ?

Quoique son activité lui permît de mener de front ses travaux littéraires et ceux de l'étude, nous n'oserions pas affirmer que l'invincible attrait qui le poussait vers les uns n'ait jamais fait tort aux autres et qu'il n'ait parfois regretté l'aridité de ces derniers.

Mais, dit Louvet' qui partagea sa vie à Paris, quand il avait assuré le présent il se délassait en travaillant pour l'avenir. Quelque chose d'inconnu l'avertissait de ne point laisser reposer son génie et de presser sa destinée.

Ses plaisirs étaient simples. Quelques riantes causeries qu'il animait par sa douce gaieté, quelques promenades avec un ami, tels étaient les délassements qui variaient son existence. Quelquefois, l'hiver, assis au coin du feu 2, près d'un camarade d'enfance ^, il se plaisait à rappeler des souvenirs de collège et à faire revivre un passé qu'il embellissait de toute la fraîcheur de ses idées. Peu à peu les souvenirs faisaient place aux projets, les deux causeurs s'animaient en formant des plans de vie future ; on faisait des rêves de gloire, d'amour, de bonheur ; on se

' Notice en tête de l'édit de 1830 et de celle de 1868, pp. 24-25.

- Il occupait dans l'hôtel d'Harcourt, situé rue de la Harpe, 93, une modeste chambre d'étudiant,

' Louvet habitait, 30, rue de Vaugirard.

NOTICK BIOGRAPHIQUE LV

berçait de brillantes chimères ; on souriait à un" avenir improvisé par des imaginations de vingt ans. . . !

Ses amitiés de collège et de l'école de droit le suivirent à Paris, parmi les camarades qu'il y retrouva, et il ne tarda pas à s'en faire des nouvelles dans le milieu où il se produisit, par l'aménité et la loyauté de son caractère. Ce ne sont point ses compatriotes, Charles Louvet, dont nous venons d'invoquer le témoignage, Camille Clément, son parent, mort peu de temps avant lui, le i8 mai 1829, Barthélémy, médecin à Saumur, Eugène Bonnemère, Stanislas Bouchard, docteur-médecin, visiteurs accoutumés de cette petite chambre de la rue de la Harpe qui pourraient me désavouer.

La popularité qu'eut le Curé de Meiidon valut à Dovalle son entrée à l'ancien Figaro.

Puis, lorsque Louis Desnoyers^ esprit d'initiative, qui devait devenir l'un des « trois hommes d'État du Charivari », songea à fonder un journal d'opposition politique et Httéraire, avec Alexandre Dumas', Vaillant'*, Cartillier, etc., il s'attacha immédiatement la collaboration de Dovalle, qu'il fit entrer dans le comité de direction, si tant est qu'on puisse appeler de ce nom pompeux la coopération de quelques amis communs en vue d'uti-

» V. préface du Capitaine Paul, édit. M. Lévy, 1895, p. XXXVL * Nommé s. -officier en Afrique après la révolution de juillet.

liser leurs efforts et de créer un journal à eux, indépendant de la tyrannie de l'argent et de la toute puissance des directeurs.

Eugène de Mirecourt nous a gaiement conté dans la biographie de Louis Desnoyers les péiipéties de l'enfantement de cette héroïque entreprise, où pour tout capital social devant servir d'entrée de jeu on n'avait pu réunir que 300 francs, grâce encore à la générosité de quelques amis.

Devant un tel résultat, les collaborateurs de Desnoyers accueillirent par un éclat de rire ses ouvertures et s'écrièrent en chœur :

— Mais tu es fou, nous sommes logés dans des mansardes ; or, jamais on n'a vu installer un bureau d'abonnement au sixième étage.

— Bah ! nous louerons un entresol, réplique Desnoyers.

— Et des meubles ?

— Il nous faut une table et trois chaises, rien de plus.

— D'accord, nous voilà tous à la besogne..., mais un administrateur ?

— Nous administrerons nous-mêmes.

— Un caissier ?

— Pour le moment ce serait un hors-d'œuvre.

Page 1