NOTICE BIOGRAPHIQUE LIX
rédaction ce qu'on appelait alors le courrier des théâtres, attribution qui lui donnait droit à ses entrées gratuites dans les principaux théâtres de Paris.
Cette faveur n'était point de nature à déplaire à un jeune homme ami des lettres, de figure agréable, dispensant à son gré l'éloge ou le blâme et devenant ainsi l'arbitre du talent et de la réputation des petites étoiles et des jeune premières.
Mais, si le fouet de la critique a des attraits pour une plume de vingt ans, maniée par une main peu exercée, il a aussi ses dangers, et, quoique la place qu'il occupait dans le journal ne soit pas un poste de combat, elle exigeait beaucoup de circonspection, d'habileté et de bienveillance, comme le dit fort judicieusement J. Janin*, qui débutait alors lui aussi et qui est devenu un maître en ce genre.
L'heure était à la lutte ; les esprits étaient surexcités par les entraînements de la mêlée ^, les duels se succédaient avec cette contagiosité de l'exemple, si fatale aux familles, et où l'on vit Armand Carrel tomber sous le
se fit de nombreuses relations et acquit une réelle influence dans le monde littéraire, — avait engagé Eug. Bonnemère à faire du roman. {Rev. des provinces de V Ouest, i^"^ octobre 1887, t. II, n° 21, p. 336.)
* Hist. de la littérature dramatique, t. I, pp. 20-27.
2 V. lettre de V. Hugo aux éditeurs des Poésies de Dovalle, ci-après, p. xcv, et la préface d'Hemani.
LX CHARLES DOVALLE
coup malheureux d'Emile de Girardin, Dulong sous la balle du maréchal Bugeaud, et l'auteur dramatique Signol tué par un jeune garde du corps ^ à la suite d'une altercation au théâtre.
' J. Jamin, Hist. delà littér. draviat., ibid., p, 73.
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Montreuit- Bellay — La porte nouvelle
Un soir de novembre que le théâtre des Variétés donnait une première représentation, Dovalle se présenta au contrôle avec son coupon de loge ; mais ordre formel avait été donné de lui en refuser l'accès, bien qu'elle ne. fût pas louée et de suspendre les entrées gratuites.
Ce théâtre, placé boulevard Montmartre, n'était pas compris parmi les théâtres privilégiés et subventionnés ;.
LXII CHARLES DOVALLE
Tadministration en avait été confiée à MM. Brunet et Crétu qui avaient transporté leurs droits à un directeur plus expérimenté, M. Dartois.
Brunet, dit Mira, était le fils de cet acteur célèbre *, qui, pendant près d'un demi-siècle, tint tout Paris sous le charme de son naturel désopilant et fit avec Odry la fortune de ce théâtre, où l'on jouait d'ordinaire des pièces d'un genre leste, mêlées de couplets et des paysanneries dans lesquelles Brunet excellait à remplir les rôles de niais.
Mais, depuis sa retraite, ses aflfaires étaient loin de marcher aussi bien et ses charges étaient probablement très lourdes, car dans une brochure sur la liberté des théâtres qu'il venait de publier (septembre 1830) -, nous trouvons cet aveu : Ce théâtre a seul échappé à un directeur de la façon de M. Lourdoueix (ancien chef de division aux 'Qq2.\xx- Arts) ^ mais il a payé bien cher cette faveur.
Dovalle insista pour le maintien de son droit et, se croyant victime d'un procédé insolite et vexatoire, il demanda à en référer à l'administrateur du théâtre lui-
* Jean-Joseph Brunet, né à Paris le 16 novembre 1766, s'était retiré à Fontainebleau en 1846 et est mort en 1858. C'est lui qui créa les rôles de Jocrisse et de M. Vautour.
* Aperçu de la question des théâtres et projet d'un nouveau système d'organisation présenté à MM. les membres de la Commission dramatique par M. Mira, ancien administrateur du théâtre des Variétés, Paris, Alex. Mesnier, septembre X830.