NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXI
de race dont le talent promettait au groupe ro77iantiqtie et à la France une gloire nouvelle.
Mais laissons encore parler notre témoin oculaire et nous donner la triste impression du moment lors de la cérémonie funèbre à laquelle il assistait :
« Cette nouvelle, relevée par tous les échos de la « presse, nous atterra. Ualter ego de Charles Dovalle... « Charles Louvet, haletant, éperdu, vint dans la soirée « nous convier aux funérailles du lendemain.
« La tenue et la mise des conviés, adolescents pour la « plupart, et que nous prenions alors aiiisi que nous- « mêmes pour des hommes, dénotaient des habitudes « littéraires... Survint un personnage dont l'arrivée fit « sensation et que des muettes mais vives démonstra- « tions accueillirent, Louis Desnoyers, qui avait, à la « place de l'auteur, offert d'accepter jusqu'au sang la « responsabilité de l'article.
« Il faut noter ici une particularité remarquable, tirée « de la situation des assistants. Dovalle n'était person- « nellement connu d'aucun de nous ni de ceux des « nôtres qui, spontanément, ou sur notre appel, s'étaient « enrôlés dans le cortège. Étrangers à l'homme, nous « lui étions unis par l'origine, par les mœurs, par les « mystérieuses affinités de l'air et du sol, étrangères « elles-mêmes aux affections comme aux regrets de ses
LXXII CHARLES DOVALLE
« amis de Paris, camarades de plume et de presse, nom- « breux, navrés, frappés au cœur de leur collaboration « quotidienne.
« Sa représentation était comme scindée en deux « groupes divers d'attitude, ainsi que le nombre : d'un « côté la figure, de l'autre le cadre et le fond. D'une « main, serrant nos mains, de l'autre, celle des autres, « Louvet reliait les deux groupes par l'expansion de sa « douleur et les confondait en un.
« A cent pas de la redoute une sinistre lueur, entre- « vue à travers les rideaux d'une fenêtre, indiquait la « chambre mortuaire. Un instant la pensée nous vint « de suivre ceux qui en montaient l'escalier et d'aller « visiter, pour la première fois, celui qu'ils allaient em- « brasser pour la dernière ! Nous restâmes. Qu'avions- « nous à attendre, en cette tardive rencontre, les froides « et fatales révélations du cercueil ?
« Quand tout fut disposé, un chœur de psalmodies se « fit entendre, et le clergé, la croix en tête, apparut à la « crête du sentier. A ce bruit et à cette vue, mon cœur « crispé se dilata. Je n'avais osé compter sur l'assistance « du prêtre. L'Eglise qui, sans déshonneur, ne saurait « imposer ses honneurs à qui les rejette, avait interprété « avec sa mansuétude de mère les derniers témoignages