‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 33 sur 95 · NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXIII · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXIII

« recueillis au chevet du mourant. Nous n'étions donc « plus seuls, perdus et isolés devant l'expression tout « humaine d'un regret incompatible avec l'immensité « de nos espérances. Exilés jusqu'ici, tout à coup « nous retrouvions l'idiome de la patrie et de la « famille.

« Le tercet immortel où Dante AHghieri déploie la « bannière du Christ me revint en mémoire. La présence « imprévue des insignes de notre foi sur cette arène « encore sanglante renouvela ciel et terre, hommes et « choses, autour de moi. Il me sembla que le voile de « brumes se déchirait et que le soleil se levait enfin sur « notre tète.

Le convoi se mit en marche : Alexandre Dumas représentant la poésie ; Louvet, le pays et le foyer ; Louis Desnoyers et Cartillier,la confraternité littéraire, tenaient les coins du poêle. « A l'entrée dans l'église, le curé, prêtre à cheveux blancs, penché sur la croix du cercueil, en tira des paroles d'oubli et de pardon propres à l'apaisement de cette frémissante jeunesse *. »

* Charles Dovalle, extrait des Mémoires de la Société (ï Agriculture , Sciences et Arts d Angers {-^^ séx., t. XII, p. 193, 1869), l'article paru à l'occasion de la nouvelle édition des Poésies de Dovalle, publiée en

LXXIV CHARLES DOVALLE

Après ce douloureux devoir accompli et avoir honoré aussi convenablement que possible la mémoire de son ami, en lui faisant des obsèques dignes de son nom, de sa situation et des légitimes espérances que son talent faisait naître, il en restait un dernier et plus pénible à remplir pour Louvet, dans ce dur calvaire où chaque étape marque les déchirements de son cœur meurtri par la séparation : c'était de préparer la famille de Dovalle à la nouvelle de cette terrible catastrophe.

Entre deux reprises d'assaut, il semble que notre poète, rappelé à lui-même par un sentiment plus exact de sa situation et du danger dont le menaçait l'àpreté vindicative de son partenaire, ait eu conscience du sort qui l'attendait ; il s'était éloigné du terrain et, songeant à sa famille, avait tracé à la hâte sur son carnet, ce suprême adieu pour elle que la balle devait lacérer :

« A mes parents !!! 30 novembre 1829. »

Que durent être les dernières pensées de ce jeune homme, dans ces effrayantes angoisses de la mort, à l'heure solennelle où s'effondraient tous ses rêves ambitieux d'avenir et où, près de quitter la vie, son esprit, lucide encore, se reporta vers cette mère adorée et ce père naguère si fier de ses succès ?

Peut-être regretta-t-il alors la vie simple et tranquille

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