NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXVII
dans ses plus chères affections. Voici la lettre touchante et pleine d'effusion qu'il lui écrivit à cette occasion :
Paris, ce i^^ décembre 182g.
Monsieur,
Préparez vos forces, car vous allez en avoir besoin pour soutenir la nouvelle que j'ai à vous annoncer.
Dovalle, mon bon ami Dovalle, a été blessé dangereusement, en duel, le 29 novembre dernier; tous les secours de l'art ont été inutiles : quelques heures après il avait cessé de vivre.
Je n'ai point de consolations à vous offrir ; moi, son ami, j'en ai aussi besoin que vous ; il ne vous reste qu'à pleurer la perte affreuse que nous faisons, vous, d'un fils bien aimé; moi, d'un camarade d'enfance.
Étranger à la fatale querelle dont nous pleurerons à jamais le résultat, j'ai eu la douleur d'apprendre trop tard cet épouvantable accident; j'ai couru, j'ai volé, mais il n'était plus temps !!!
Sa famille a constamment occupé ses dernières pensées ; un seul nom étranger s'y mêlait et c'était le mien ; permettez-moi. Monsieur, de m'en glorifier à jamais !!
Si quelque chose pouvait adoucir l'amertume de nos regrets, je vous dirais qu'une foule immense d'amis a accompagné sa dépouille mortelle et que nos hommes les plus illustres se sont fait un honneur de lui rendre les derniers devoirs.
Chargé des volontés suprêmes de mon ami, je me suis mis de suite à la tête de ses affaires; j'ai le dessein de tout arranger et de tout mettre en ordre, et pour cela j'ai besoin d'être autorisé par une lettre spéciale de vous que j'attends dans le plus bref délai.
Il me reste une prière à vous faire : Charles m'avait mis depuis longtemps dans la confidence de son génie ; ses poésies, revues et classées avec soin, étaient déjà sous presse quand le fatal accident est arrivé. J'ai pris, aujourd'hui même, sur la tombe de mon ami, l'engagement sacré de réaliser ses espérances de gloire et de faire vivre son nom ailleurs que dans notre souvenir.
Je sollicite donc de vous l'autorisation de m'emparer de ses oeuvres, d'y mettre une notice biographique et de les faire paraître, sous son nom, dans le plus bref délai possible.
Dépenses, soins, travaux, tout cela me regarde, votre autorisation seule est tout ce que je vous demande.
Charles m'a légué le soin de sa gloire, il ne sera pas dit que j'aurai