‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 39 sur 95 · NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXX

Le i8 février 1830, V. Hugo enyoyait sa lettre aux éditeurs à Ladvocat en l'accompagnant de ce billet : « Voilà, Monsieur j quelques pages pour grossir le livre « de M, Dovalle ; c est peu de chose, mais je l'offre de « bien bon cœtir, etc. » ; toutefois il ne dédaignait pas, un peu plus tard, d'en faire V avant-propos de son drame, lorsque la pièce parut, le 9 mars suivant, en librairie *.

Cette lettre-préface servit d'introduction et de viatique au livre de Dovalle qui fut publié, le 24 février 1830, sous ce titre : Le Sylphe, auquel il aimait à se comparer dans une pièce placée en tête de ses poésies ^, que précédait une courte et touchante notice biographique de Ch. Louvet. Il rappelait, avec sa couverture encadrée de filets noirs et son urne funéraire en guise de marque d'imprimeur, le voile de tristesse sous lequel sa muse se présentait dans le monde.

Aussi lui fit-on un chaleureux accueil et le succès dépassa toutes les prévisions ; ce que le temps lui-même et la maturité de son talent n'auraient peut-être pas fait pour sa gloire, l'auréole du malheur l'accomplit en un jour pour sa célébrité momentanée.

* V. Œuvres complètes, t. III, Hernani (édit. Renduel, 1836), l'extrait de cette lettre : « l'auteur de ce drame écrivait, il y a peu de semaines, à propos d'un poète mort avant l'âge, etc.. »

2 Alex. Dumas, père, a également donné sur le même sujet une poésie, mais très inférieure à celle de Dovalle.

LXXXVI CHARLES DOVALLE

Ses amis songèrent alors à utiliser cet élan d'enthousiasme afin d'organiser une manifestation sur sa tombe. Une souscription fut ouverte pour lui élever, avec le bénéfice du produit de son œuvre, un monument au cimetière Montmartre, et elle réunit promptement la somme nécessaire.

Érigé à deux cents mètres environ de l'entrée principale dans la première allée de gauche \ il se compose d'une simple colonne de marbre blanc, entourée d'une grille et surmontée d'une coupe noire, image de celle que, suivant l'heureuse expression de Pavie, « Dovalle « avait effleurée de ses lèvres et où les oiseaux du ciel « viennent boire. »

On a gravé sur le fût de cette colonne deux vers tirés de sa pièce, le Premier Chagrin, qui forment un douloureux contraste entre la réalité et le confiant espoir qu'il avait dans la destinée :

L'avenir n'a pour moi qu'un gracieux sourire, J'ai dix-huit ans; mon âge est presque le bonheur.

L'inauguration en fut fixée au samedi 8 mai 1830, à 7 heures du matin, et, pour lui donner un caractère plus solennel, on résolut d'y convier non seulement les com-

^ Aujourd'hui 30^ division, 2^ ligne, n° 38.

Page 1