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PREFACE XI

qu'on a recueillies après sa mort ? Mais non, sa destinée a voulu qu'il ait chanté comme un oiseau, sans plus se soucier de son chant que le pinson ou la fauvette, et c'est un oiseau aussi, c'est sa petite Bergeronnette qui a le plus fait jusqu'à ce jour pour sauver sa mémoire, bien qu'à mon sens elle ne vaille pas le Sylphe, la Chasse invisible ou l' Oratoire cite Jardin. Mais le caprice de la mode est tel que, dans le bagage d'un poète, quelque léger soit-il, ce ne sont pas toujours les meilleures choses qui vont le plus haut et qui durent le plus. Aussi la critique aura beau faire, elle n'empêchera pas Arnault de rester le poète de la Feuille, comme Dovalle celui de la Bergeronnette.

Et cependant que de choses exquises et neuves dans le recueil du Sylphe, auxquelles on pourrait faire les honneurs de l'anthologie ! Est-il rien de plus gracieux, de plus caressant et qui sente mieux le printemps et la femme, que la pièce intitulée : Qii aimez-vous f Je disais tout à l'heure que Dovalle manquait d'art ; il en a mis beaucoup dans ces strophes chantantes, et, qu'il l'ait voulu ou non, cette fois l'art l'a servi à souhait :

J'aime un œil noir sous un sourcil d'ébène, Sur un front blanc j'aime de noirs cheveux : Et vous avez de longs cheveux d'ébène Sur un front blanc, et le jais est à peine Aussi noir que vos yeux.

XII CHARLES DO\'ALLE

Cette façon de marier les rimes et d'user des mêmes mots donne à la strophe un tour musical, un air d'abandon que l'on ne trouve guère que dans les vers de la jeune école qui se réclame de Verlaine.

Et, puisque je suis en train de faire le tour de l'œuvre de Dovalle, j'en négligerais le côté le plus saillant, celui qui attira tout de suite mon attention, si je n'ajoutais pas qu'il est resté païen, et combien cela est étonnant chez un poète venu au monde en pleine période romantique.

Lamartine avait inventé Elvire pour personnifier l'héroïne du Lac et du Crucifix. Dovalle, qui semble indifférent aux choses de la religion et dont le seul dieu paraît avoir été l'amour (l'amour idéal et platonique plutôt que l'amour vécu), évoque encore, ainsi qu'on le faisait au xviii® siècle, au beau temps de la mythologie, les figures païennes de Chrysa, Velléda, Néala, Isnelle, etc., — ce qui ne laisse pas de donner à son recueil un air quelque peu vieillot. En cela aussi notre poète est bien de l'école de Millevoye qui fut un païen délicieux, le dernier des païens , si je puis dire , une manière d'Ovide avec quelque chose de moins diffus et de plus discret.

Mais, pour être resté fidèle à la mythologie païenne que Chateaubriand croyait bien avoir tuée, Dovalle ne

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