PREFACE XIII
s'en rattache pas moins à l'école romantique par le caractère intime et personnel de la plupart de ses pièces de vers, par son culte de la nature, tout autant que par le choix de ses sujets. Il s'ennuie, il est triste, il rêve et regarde au fond de lui-même, comme faisaient René, Werther ou Adolphe. Et quand il est las de poursuivre en songe l'objet aimé, de soupirer après le baiser de la femme :
Oh ! toi que j'ai rêvée, Femme, à mes longs baisers si souvent enlevée. Ne viendras-tu jamais ? Viens, oh ! viens ! je t'attends ' !
il s'en va conter son mal à la Nature angevine qui fut sa première nourrice. Et il faut l'entendre chanter le printemps :
Les arbres vont fleurir : ils ont des boutons roses. J'ai vu des papillons qui volaient alentour. Dans un mois ce sera le premier temps des roses, J'aime le temps des fleurs, les fleurs parlent d'amour.
Puis après, les longs jours d'accablante mollesse. Où l'on cherche le frais, où l'on dort à midi ; Où, parmi les coussins, le luxe et la paresse Ont un bras nonchalant sous leur tête arrondi.
* Premier Désir.
X[\- CHARLES DOVALLE
Puis après, les beaux soirs, les tièdes crépuscules, L'heure où l'on court aux champs avec ses jeunes sœurs Où les petits enfants tressent des renoncules, Et des frêles pavots mélangent les couleurs.
Les beaux soirs, les beaux jours, les matins sans orage. Le printemps embaumé, l'été resplendissant. Tout cela rend joyeux !... Je sens comme un nuage Qui s'étend sur ma tête et me glace en passant *...
Mais, pendant qu'il se promène autour de Montreuil, sur les bords de la rivière ou sous les aunes du Marais, qu'un héron « perdu dans la nue vienne s'offrir à ses regards », c'en est assez pour que le spleen le reprenne.
Par un temps nébuleux et sombre.
Toujours errant ainsi qu'une ombre.
S'il semble fuir un long ennui ; Mon œil terne, dans son voyage, Le suit de nuage en nuage, Et mon âme vole avec lui !
Mon âme qui gémit sans cesse, Et qu'une invincible tristesse Engourdit dans un froid sommeil ; Mon âme toujours déchirée Et qui languit, décolorée Comme une plante sans soleil '.
* Un Jour de Mars.
^ La Halte au Marais.