POESIES-HOMMAGES CXV
Moreau ! son souvenir bien souvent m'accompagne ; Si le myosotis, au revers des buissons, M'apparaît, ou parmi les flottantes moissons, Je ne vois plus que lui dans toute la campagne.
— Voici les jours d'automne : ouvrant les durs sillons. Le laboureur penché poursuit sa tâche austère, Et le ver, qui vivait enfoui sous la terre, Attire autour des bœufs les hardis oisillons.
L'un d'eux surtout me porte à la mélancolie.
L'un d'eux qui va, qui vient, qui n'est jamais troublé
C'est la bergeronnette au corsage effilé.
C'est la bergeronnette à la plume jolie.
— Arrête-toi, lui dis-je, au bord de mon chemin ; Suspends tes gais ébats, oiseau, ma voix est tendre. Tous lesdeuxnouschantons; sans peur reste àm'entendre Le Poète aux oiseaux peut-il être inhumain ?
Un jour — depuis ce jour que de fois les prairies Livrèrent aux faucheurs leur suave gazon, Et des épais brouillards que de fois la saison Aux troncs nus arracha leurs parures flétries ! —
Un jour, par les prés verts, pâle et baissant les yeux. Un jeune homme s'en va, loin des routes tracées; Son large front renferme un essaim de pensées ; Quoiqu'il n'ait que vingt ans, il marche soucieux.
Il veut gagner un nom, la gloire le tourmente. Sa bouche a le secret des sons mélodieux ; Solitaire, il va donc s'égarant en tous lieux, Et demandant aux bois la Muse, son amante.
Un oiseau tout-à-coup, un oiseau, son pareil, Une bergeronnette et pimpante et volage. Saute devant ses pas et court sous le feuillage Boire au ruisseau prochain qui scintille au soleil.
Et le rêveur se sent inondé de tendresse ;
A ce charmant lutin qui semble s'animer
Et dire : — Je possède un cœur qui peut t'aimer !
A l'oiseau sémillant le poète s'adresse ;
Et dans des vers touchants il lui jure amitié, Sa main le défendra de la serre cruelle... Mais toi-même, pourquoi t'enfuir à tire-d'aile ? — Un coup de feu, là-bas, retentit ! — O pitié !