‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 61 sur 95 · SOUPÇON · texte numérisé non relu

SOUPÇON

Hier, tu me disais : « Va, crois en ma tendresse : Le jour qui va venir chassera mon chagrin ! » Il est venu ce jour, ô ma jeune maîtresse !... Où sont ces yeux plus purs et ce front plus serein ?.

Du soleil matinal quand un ra3'on timide Traversait, en tremblant, les volets entr'ouverts, Suspendue aux longs cils de ta paupière humide. Une larme mouilla tes charmes découverts.

— Le pâtre attend en paix le retour de Faurore ; Sous le feuillage obscur l'oiseau vient se cacher : Regarde, tout est calme... Et le soir trouve encore Sur ta joue embrasée une larme à sécher !.,.

D'un éclair de gaieté qui sur ton front expire, O ma Zélie, en vain tu voudrais te parer ; Dis-moi : pourquoi forcer tes lèvres à sourire ?... Cela fait tant de mal !... — et tu voudrais pleurer !..

Pleure !... pleure ! — Mais, quoi!... tu détournes la vue!... Ma présence te pèse et semble t'alarmer !... Un mot, Zélie, un mot de ta bouche ingénue !... Non ?... — Je comprends... un autre a su se faire aimer !

Avec les jolis riens, avec les doux murmures Dont tu semais, tout bas, des entretiens charmans, Un autre plus heureux, de tes lèvres parjures. D'un éternel amour a reçu les sermens.

De ma trompeuse amante un autre a la tendresse ; Un autre sourira, si, vers la fin du jour, Je vois son bras tremblant presser l'enchanteresse. Rouge encor de pudeur, de plaisir et d'amour...

— Ciel !... un triste soupir... une voix affaiblie... Un reproche timide... Ah ! garde tes secrets ; Je dois les respecter ; je le veux... — mais, Zélie, Si j'avais des chagrins, moi, je te les dirais.

lies deu:it |WIases

lia muse Classique

Tranquille amant des jeunes immortelles, Oui, sur le Pinde, ont proclamé ton nom, Sois-leur dévot : fuis les routes nouvelles, Point de salut hors de mon Hélicon !

De ton encens montre-toi plus avare :

Crains d'invoquer un dieu capricieux :

Tu volerais sur les ailes d'Icare...

Fuis le soleil ! n'approche pas des cieux !

lia muse Romantique

Brûlant d'amour, palpitant d'harmonie,

Jeune, laissant jaillir tes vers brûlans,

Libre, fougueux, demande à ton génie

Des chants nouveaux, indépendans.

Du feu sacré, si le ciel est avare.

Va l'y ravir d'un vol audacieux ;

Vole, jeune homme !... oui, souviens-toi d'Icare

Il est tombé, mais il a vu les cieux !

Ppemiep ChagHo

Le bassin est uni : sur son onde limpide Pas un souffle de vent ne soulève une ride : Au lever du soleil, chaque flot argenté Court, par un autre flot sans cesse reflété : Il répète ses fleurs, comme un miroir fidèle ; Mais la pointe des joncs sur la rive a tremblé, Près du bord, qu'elle rase, a crié l'hirondelle... Et l'azur du lac s'est troublé.

Au sein du bois humide, où chaque feuille est verte, Où le gazon toufl'u boit la rosée en pleurs, Où l'espoir des beaux jours rit dans toutes les fleurs. Aux baisers du printemps la rose s'est ouverte : Mais au fond du calice un insecte caché Vit, déchirant la fleur de sa dent acérée, Et la rose languit, pâle et décolorée.

Sur son calice desséché.

12 POKSIES DE CHARLES DOVALLH

Un passé tout rempli de chastes jouissances, Des baisers maternels, du calme dans le port : Un présent embelli de vagues espérances Et de frais souvenirs... amis, voilà mon sort ! L'avenir n'a pour moi qu'un gracieux sourire ; J'ai dix-huit ans : mon âge est presque mon bonheur. Je devrais être heureux... non !... mon âme désire, Et j'ai du chagrin dans le cœur.

Ppecniep Désif

Une femme !!! Jamais une bouche de femme

N'a soufflé sur mon front !... ne m'a baisé d'amour !...

Jamais je n'ai senti, sous deux lèvres de flamme,

Mes deux yeux se fermer et s'ouvrir tour à tour !...

Et jamais un bras nu, jamais deux mains croisées,

Comme un double lien, autour de moi passées,

N'ont attiré mon corps vers un bien inconnu !...

Jamais un œil de femme au mien n'a répondu !...

Une femme !... une femme !... Oh ! qui pourra me dire

Si jamais une femme, avec son doux sourire.

Avec son sein qui bat, et qui fait palpiter,

Avec sa douce voix qu'il est doux d'écouter,

Si jamais une femme, aimable et prévenante.

Amie, aux mauvais jours ; aux jours heureux, amante ;

Si cet ange du ciel un jour me sourira !...

Si sa main à ma main quelquefois répondra !...

Je suis jeune, et pourtant la gaieté m'est ravie.

Et pourtant sans plaisir je dépense la vie ;

Et souvent, quand, pour moi, les heures de la nuit

S'écoulent sans sommeil, sans songes et sans bruit,

Il passe dans mon cœur de brûlantes pensées,

D'invincibles désirs, des fougues insensées...

Je ne respire plus !... c'est alors que ma voix

Murmure un nom, tout bas... C'est alors que je vois

M 'apparaître à demi, jeune, voluptueuse.

Sur ma couche penchée, une femme amoureuse.

Une image de femme, une femme... Oh ! pourquoi,

Quand mes bras étendus vont l'attirer sur moi.

Fuit-elle tout d'un coup, ainsi qu'une ombre vaine ?...

Sur sa trace parfois le délire m'entraîne :

Je m'élance, j'appelle... Au silence profond,

A l'ombre où je m'égare, à l'air qui m'environne,

Au sommeil qui me fuit, au lit que j'abandonne

Je demande une femme... et rien ne me répond !...

Rien!... rien autour de moi '....Comme arraché d'un songe.

Je m'arrête soudain... Je m'étonne... Je songe

Que je suis seul, tout seul... tout seul !... et j'ai vingt ans !

Tout seul !... et mon cœur brûle !... O toi que j'ai rêvée^

Femme, à mes longs baisers si souvent enlevée,

Neviendras-tujamais !... Viens... Oh ! viens !... je t'attends !

li'Inconnae

C'était un soir que tout brillait de feux ; Un soir qu'éclatant de lumières, Tivoli lassait les paupières De mille curieux.

Là, des bosquets blanchis ; là, des masses plus sombres ; Des soleils de cristal, des jours brusques, des ombres

Oui s'allongent sur le gazon ; Aux branches des ormeaux des lampes suspendues ; Des nacelles dans l'air; d'innombrables statues

Et des chœurs qui dansent en rond !

O jardins enchantés ! scènes éblouissantes ! Brises du soir ! zéphirs ! haleines caressantes ! Air brûlant, imprégné de désirs et d'amour ! Femmes, qu'on suit de l'œil de détour en détour !

l6 POÉSIES DE CHARLES DO\ ALLE

Tumulte ! bals confus, aux amans si propices ! Tourbillon entraînant ! Tivoli !... — Quand mon cœur, Froissé par le dégoût, mais ardent au bonheur, Voudra du souvenir savourer les délices, J'irai sous tes arceaux, à la place où brilla. Comme un astre d'argent, comme un blanc météore, Comme un premier éclat d'une naissante aurore, Cette belle inconnue... Et je dirai : « C'est là ! »

C'est là qu'elle s'assit, rêveuse Et fermant ses yeux à demi :

Là qu'elle demeura, pâle et silencieuse, Près d'un vieil époux endormi.

Malheureuse peut-être au sein de la richesse ! Malheureuse peut-être avec tant de jeunesse !...

Comme elle était belle, grand Dieu !

Et je l'oublîrais, moi !... j'oublîrais sa tristesse

Et son regard qui semblait un adieu !... Non !... non, jamais ! — Un jour, dans les fêtes bruyantes, De plaisir, de beauté, des femmes rayonnantes,

Pourront étaler à mes yeux De leurs dix-huit printemps les grâces orgueilleuses, Et tracer, en riant, dans leurs danses joyeuses. Des pas voluptueux.

Quand je verrai leurs rangs s'ouvrir à mon passage,

Quand j'aurai vu rougir leur gracieux visage,

Peut-être alors mon cœur palpitera ;

A mes regards une autre sera belle :

Mais je dirai : Ce n'est pas elle...

Et mon bonheur s'envolera.

lie Pacte

ou les tf ois Femmes

— « Toutes les trois à toi !... » — murmure à son oreille Une voix inconnue, au bruit du vent pareille.

— « Tu me trompes !... s'écrie en frissonnant d'émoi Le jeune homme étonné... Toutes les trois à moi !... »

— « A toi, toutes les trois !... Ecoute : Il en est une « Douce et mélancolique, avec des yeux d'azur

« Et de longs cheveux bruns sur un front blanc et pur ;

« Des bals éblouissans le fracas l'importune ;

« La tête entre ses mains, lorsque le ciel est noir,

« Aux champs, elle aimerait à méditer, le soir. »

Page 1