NÉ AL A
Arrête ?
« Écoute ces longs sifflemens ! . . .
TÉLASCO
« C'est le vent qui gonfle nos voiles. .
NEALA
« Télasco, consultons les cieux :
« Vois-tu briller quelques étoiles ?. .
TELASCO
« Le ciel est pur comme tes yeux ; « Viens, Néala ! . . .
NEALA
J'ai peur. . .
TELASCO
Silence !.
Nous serons libres...
NEALA
Quand ?
TELASCO
Demain « Ouvre ta case avec prudence. . .
NEALA
« Télasco, donne-moi ta main ! »
NEALA OU LA FUITK 53
Ils ont retenu leur haleine :
Leurs bras se sont entrelacés ; Leur pied suspendu touche à peine Le sable, où des pas sont tracés.
Tout se tait ... et sur le rivage On n'entend que le cri sauvage Du timide oiseau qui s'enfuit. . .
On n'entend près des flots tranquilles Que le bruit des roseaux mobiles Cédant aux brises de la nuit ; Le murmure, plus doux encore, Du long voile de Néala ; Et vers les lieux où naît l'aurore, Sur le roc lointain et sonore, Le choc des eaux du Niagara.
La nuit, qui couvre les savanes, A favorisé leurs projets :
Ils suivent des détours secrets, Et déjà, bien loin des cabanes, Comme deux oiseaux voyageurs, Comme deux blanches tourterelles.
Ils ont semblé trouver des ailes Pour fuir le toit des oppresseurs.
Ici, faons légers, ils bondissent Sur des sables nus et brûlans ; Là, sous des arbres qui frémissent, Sous des rameaux longs et pendans, Ils sont couchés, rampent et glissent
Avec l'adresse des serpens.
Enfin, se déploie à leur vue Le lac dont l'onde est inconnue Aux vaisseaux du navigateur :
Sur les bords de la baie obscure, Ils écoutent ... Le flot murmure Sous le canot libérateur ; La lune un instant s'est cachée; Et le plus frêle des esquifs Sur un peu d'herbe desséchée Reçoit les amans fugitifs.
Tandis qu'au milieu du silence, La rame, agitée en cadence.
Sillonne au loin l'Ontario, Du sourire de l'innocence Néala charme Télasco.
NEALA
« O toi, sage et puissant génie, « Par qui les bons sont consolés, « Toi, qui pousses vers la patrie « La nacelle des exilés ; « Fils de Brama, si tu présides « Aux flots qui portent leur destin, « Si c'est toi, dont ces flots rapides « Semblent reconnaître la main,