‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 74 sur 95 · NEALA OU LA FUITE · texte numérisé non relu

NEALA OU LA FUITE

« Le carbet fut réduit en cendre :

« Le sachem périt sous leurs coups ; « Dans leurs mains était le tonnerre, « Il éclata... Les Indiens, « Bientôt, sous la hutte étrangère, « Maudirent des maîtres chrétiens...

« Noble orgueil, fragile espérance « De la terre de nos aïeux, « Ton cœur a connu la souffrance :

« O Néala, ferme tes yeux !

« Et moi !... moi je n'avais point d'armes « Pour venger notre déshonneur !...

« La rage m'arrache des larmes...

« Je frémis de haine et d'horreur...

« Dieux !... mon amante prisonnière !

« La fièvre consumant ses jours !

« Un maître élevant la barrière.

« Qui devait rompre nos amours !...

« C'en était trop !... L'indépendance « Était le bien de mes aïeux ; « Elle est à nous !... plus de souffrance ! « Ma Néala, ferme tes yeux ! »

Empreint de sa longue tristesse, Tel fut le chant de Télasco :

POESIES DE CHARLES DOVaLLE

Mais par degrés sa voix s'abaisse, Expirant, comme un faible écho. Sur le front de sa jeune amie Il imprime un baiser de feu, Et la bien-aimée endormie Semble lui murmurer : Adieu !

Cependant, prompte à disparaître, La nuit précipite son cours ; Avant-courrière des beaux jours.

L'aube vermeille va paraître :

La cime des rochers blanchit, L'horizon vaporeux s'éclaire, Et le lac trahit le mystère De la barque qu'il réfléchit.

Néala, ton beau sein s'agite, Un rayon du jour l'a touché :

Télasco, dont le cœur palpite.

Sur ses genoux reste penché.

Dans sa main ta main caressante Semble fuir le froid du tombeau, Et de ta tête languissante Son bras porte le doux fardeau !

Écoute !... il soupire... il t'appelle.

Tu trembles... tu ne réponds pas.., Néala !...

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