L'ORATOIRE DU JARDIN
li'Opatoipe da JaPdin
— Eiifans, la nuit est déjà noire, Rentrons. — Ce soir, l'air est si doux ! Mère Saint-Ange, oh ! contez-nous.
Contez-nous encore une histoire !
— Non, non, il ne m'est pas permis. . .
— Une seule ! . . . — C'est inutile ! . . .
— Rien que le conte de Cécile Qu'hier vous nous avez promis. . .
Nous allons bien faire silence !
Oh ! nous n'en perdrons pas un mot.
Demain, nous rentrerons plus tôt. . .
— Bien sûr ? allons, chut ! je commence.
Le cercle des sœurs se pressa, On fit trêve aux discours frivoles, La conteuse trois fois toussa, Et l'on entendit ces paroles :
« C'était un beau soir de printemps. . . Dieu ! que les hommes sont méchans ! Pour tromper de pauvres novices, Qu'ils ont de ruses !. . . d'artifices ! Soupirs par ci, billets par là ; L'art de tromper est si facile ! . . .
— Et l'histoire de sœur Cécile ! . . .
— Allons, écoutez, m'y voilà :
« Sœur Cécile était bien simplette ; Elle n'avait rien de mondain ; Tous les soirs, elle allait seulette A l'oratoire du jardin.
Or, vous saurez que la chapelle En ce temps-là n'existait pas :
C'était une simple tonnelle.
Où les jasmins et les lilas, Joignant leur ombre fraternelle, Protégeaient d'un voile incertain L'image en marbre d'un grand saint.
De la vertu parfait modèle.
C'est là, quand le jour déclinait.
Qu'au détour de la sombre allée, Cécile, à pas lents, et voilée, Paisiblement s'acheminait.
l'okatoire du jardin 8i
Au fond de la modeste enceinte
S'élevait le marbre sacré ;
Des fleurs, un livre, une croix samte
Ornaient seuls ce lieu révéré :
C'était l'asile du mystère,
Et Cécile, avec abandon.
Chaque soir, au saint tutélaire
De son amour offrait le don.
Mon doux Jésus ! qu'elle était belle,
Lorsqu'elle entr'ouvrait ses grands yeux,
Et que sa timide prunelle
Avec ferveur lisait aux cieux ! . . .
Qu'elle était belle, quand la lune
Venait percer l'ombre importune
D'un feuillage à peine écarté,
Et de sa lumière argentine
Laissait sur sa bouche enfantine
Trembler la mobile clarté !
Un soir, notre pauvre novice. . .
(Voyez jusqu'où va la malice !
Ecoutez, frémissez, mes sœurs.) Un soir donc, à l'heure ordinaire, Au fond du réduit solitaire, Elle avait apporté des fleurs :
Elle commençait sa prière, Les mains jointes, les yeux baissés.
s 2 POESIES DE CHARLES DOVALLE
Et, sous ses doigts, du blanc rosaire Les grains d'ivoire étaient pressés.
Mais, quand elle eut vers la statue Relevé son front incliné.
Combien son âme fut émue ! . . . Ciel ! un bouquet presque fané, Celui qu'elle portait la veille.
Celui qu'avait touché son sein, Au lieu de la rose vermeille Dont elle avait orné le saint ! . . .
Déjà la peur s'est éveillée Au fond de son cœur innocent :
Sur l'humble pierre agenouillée.
Elle jette un bras caressant Autour de l'image immobile Du saint qu'elle invoque tout bas :
« Protégez-moi, disait Cécile, Mon Dieu, ne m'abandonnez pas ! . . , Hélas ! faut-il qu'il m'en souvienne !
Ici redouble mon émoi :
Une main frémit dans la sienne ; Cécile pousse un cri d'effroi ; Elle veut fuir, on la console.
Une voix cherche à l'apaiser ; Puis, mes sœurs, à chaque parole, On entend le bruit d'un baiser. . .
l'oratoire du jardin 83
— « Que cette aventure est étrange !
« Elle en mourut, mère Saint-Ange,
« Sans doute elle en mourut de peur ?
— « Non, mes enfans ; mais à la ville La belle et crédule Cécile
Fut épouser son ravisseur.
On lui prodigua les caresses ;
Elle eut plaisirs, honneurs, richesses ;
Mais elle regretta souvent,
Dans le faste de l'opulence.
Les plaisirs simples, l'innocence.
Et la douce paix du couvent. »
lie Convoi d'un Enfant
Un jour que j'étais en voyage Près de ce clos qu'un mur défend, Je vis deux hommes du village Oui portaient un cercueil d'enfant.
Une femme marchait derrière, Qui pleurait, et disait tout bas Une lente et triste prière, Celle qu'on dit lors d'un trépas.
Point de parens, point de famille !
Je ne vis, le long du chemin.
Qu'une pauvre petite fille Cachant des larmes sous sa main.
LE CONVOI d'un enfant 85
Elle suivait la longue allée Qui conduit au champ du repos, Et paraissait bien désolée, Et dévorait bien des sanglots ! . .
Ainsi marchant, quand ils passèrent Au pied de ce grand peuplier, Ceux qui travaillaient s'arrêtèrent, Et je les vis s'agenouiller,
Prier le ciel pour la jeune àme, Faire le signe de la croix, Et, quand passa la pauvre femme, Se détourner tous à la fois ! . .'.
Cependant, inclinant la tête.
Au cimetière on arriva.
Une fosse ouverte était prête ; Alors un homme dit : « C'est là ! »
Et, la fosse n'étant plus vide, On y poussa la terre. . . et puis Je ne vis plus qu'un tertre humide.
Avec une branche de buis.
Et comme la petite fille,
S'en allant, passa près de moi,
Je l'arrêtai par sa mantille :
« Tu pleures, mon enfant, pourquoi ? . . .
— « Monsieur, c'est que Julien, dit-elle, Mon petit camarade, est mort ! . . . »
Et, voilant sa noire prunelle, La pauvrette pleura plus fort.
pt^agment
Au grand désert de sable, ardent, brûlé du jour,
Où la rafFale tourbillonne, J'ai cru voir quelquefois une jeune lionne
Bondir en rugissant d'amour.
Les crins dressés, la prunelle enflammée,
Haletante, battant ses flancs, Et, de sa gueule enfin, dans des flots de fumée, Vomissant des soupirs avec des hurlemens.
Sur l'arène embrasée elle appelle, elle appelle Le lion qui frémit. . . Le lion auprès d'elle. Comme le roc fumant par un volcan lancé, Tombe, rugit, se roule, enlaçant, enlacé.
De sueur et d'écume inondant sa crinière
Et souillant la poussière, Superbe, sans rivaux, conquérant orgueilleux, Épouvantant les bois du fracas de ses jeux. . .
Conte pantastiqae
Lia Houte
« Courage, mon coursier ! courage ! . . . voici l'heure :
« Devançons les instans promis au rendez-vous !
« Entre au bois !... vole ! vole !... à sa riche demeure,
« Vole, mon andaloux !
« Franchissons le grand parc !... Courage ! tourne, évite « Ce tronc tombé d'hier au milieu du chemûn. . . « De l'ardeur!. ..de l'ardeur! Plusvite encor!.. Plus vite!... « Toujours!... vole!. ..toujours!... Je vois le but... Enfin !
« Halte I... » Les flancs poudreux, laissant tomber sa tête. Ruisselant de sueur, le noir cheval s'arrête. Le jeune homme s'élance à terre, et, souriant. Sous le blanc vestibule arrive impatient.
li'Indiscrétion
Et je ne puis la voir ! . . . et je devrais encore Attendre !... Attendre ? Non !... Au feu qui me dévore Je ne résiste plus ! . . . Amour, protège-moi ! Écarte de son cœur et la haine et l'effroi :
« Qu'elle ne sache pas que du bain solitaire « Mon œil ose épier le pudique mystère... « Qu'elle n'entende rien, si, vers elle penché, « Je froisse les rosiers oii je serai caché ! . . . »
Lia Salle de Bain
Flots parfumés, dans le bassin d'agate, De son corps nonchalant poursuivez les trésors ; Flots caressans, dont le toucher la flatte, Baisez, baisez son beau corps !