CHANT
« Vénus est la fille de l'onde;
« Jupiter est le roi des cieux ;
« Les Dieux sont les maîtres du monde
« L'Amour est le maître des Dieux ! »
« Léda, Léda, que fais-tu sur la rive ? « De l'Eurotas fends les flots caressans : « Léda, Léda, de ta pudeur craintive « Laisse mourir les timides accens. »
lOO POESIES DE CHARLES DOVALLE
— Léda, qui sait combien la vague est douce, Au fleuve ami livre ses charmes nus ; Et de son pied, en badinant, repousse Et bat les flots mollement combattus. . .
« Vénus est la fille de l'onde ;
« Jupiter est le roi des cieux ;
« Les Dieux sont les maîtres du monde :
« L'Amour est le maître des Dieux ! »
Léda disait : « Ta grâce te protège ; « Jusqu'à mes pieds arrive en te plongeant ; « Viens sans frayeur, cygne aux ailes de neige, « A mes baisers livrer ton cou d'argent. . . »
A cette voix, le beau cygne s'empresse. Léda succombe^ en un lit de roseaux, Sous le duvet qui chatouille et caresse Son sein brûlant, où bouillonnent les eaux.
« Vénus est la fille de l'onde ;
« Jupiter est le roi des cieux ;
« Les Dieux sont les maîtres du monde
« L'Amour est le maître des Dieux ! »
COXTE FANTASTIQUE 10 1
Volupté
La chanteuse avait dit : l'œil baissé vers la terre, Elle rougit et ne veut plus chanter :
Mais un sourire involontaire
A révélé le doux mystère Dont l'image la trouble et la fait palpiter.
Sous le mouvant feuillage où s'égare sa vue, L'illusion guide ses pas errans. De désir à moitié vaincue, Elle chancelle, demi-nue,
Abandonnant son âme aux songes enivrans.
Et comme une Odalisque, en sa couche embaumée, Tombe d'amour et de douce langueur.
Belle houri, la bien-aimée Sur la mousse glisse, enflammée,
Aux images de feu qui dévorent son cœur.
Et l'amant élancé, pareil au cerf rapide, Impétueux, altéré de plaisir, Presse contre sa lèvre avide De l'amante la bouche humide...
Et, si l'on meurt d'amour, peut-il ne pas mourir
Qu'ai cnez" Vous ?
J'aime un œil noir sous un sourcil d'ébène, Sur un front blanc j'aime de noirs cheveux : Et vous avez de longs cheveux d'ébène Sur un front blanc, et le jais est à peine i\ussi noir que vos yeux.
J'aime un beau corps, qui se penche avec grâce Sur un sopha négligemment porté ; Et savez-vous avec combien de grâce Sur un sopha vous vous inclinez, lasse Et brûlante de volupté !
Et puis, quand, là, plaintive et paresseuse. Le cœur ému, l'œil à moitié fermé, Vous soupirez !... j'aime une paresseuse Un long soupir, une voix langoureuse, Un regard enflammé.
J'aime à trouver un mélange de joie, De rêverie et de douce langueur :
Pourquoi chez vous ces chagrins, cette joie, Ce sein qui bat contre un fichu de soie, Ce sourire triste et moqueur !
Parfois un mot, un songe, une pensée, De votre joue eflface la pâleur :
Souvent un songe, un mot, une pensée, Une pâleur lentement effacée Me fait battre le cœur.
Vienne un caprice, une idée indécise Comme un oiseau loin de moi vous volez... J'aime un caprice, une idée indécise, J'aime la place où vous étiez assise,
j'aime la place où vous allez...
Un ange... un ange aussi beau que vous-même, Dont le parler comme le vôtre est doux... Qui rit aussi... dont le nom est le même Que votre nom... Oui, voilà ce que j'aime, Tout ce que j'aime ! — Et vous ?
Insomnie
Du sommeil ! du sommeil ! Que je voudrais dormir ! Impossible !... Mes yeux sont secs, ma tête brûle... Sous l'horrible insomnie, il faut encor gémir !... • Le tourment qui, la nuit, dans mes veines circule, Qu'est-ce ?... du sang ? du feu ?... Je ne sais pas !... Mon corps S'épuise à se tourner, se consume en efforts... Des efforts !... et pourquoi ?... C'est en vain que je lutte... O mon Dieu ! je t'en prie !... une heure, une minute. Un instant de sommeil !!! je suis si malheureux ! Mon Dieu ! dis au sommeil qu'il close enfin mes yeux.
Deux heures !!!... Quel enfer !... l'horloge impitoyable Semble allonger la nuit !... Il va falloir compter Trois, quatre heures encore... et leur voix redoutable. Comme un sarcasme amer, va venir m'irriter !... Oh ! quand donc viendra l'aube, et le jour pâle, encore, Et le frais du matin !... et tout ce que j'implore,
Le sommeil ! le sommeil !... Peut-être qu'un moment Mon front appesanti tombera lourdement ; Peut-être qu'à la fin, bienfaisante rosée, Le calme descendra dans mon âme embrasée !
Non !... J'ai beau tourmenter ma couche et me rouler.
Haletant de fatigue, aux deux bords que j'affaisse,
La nuit n'avance point !... Toujours lente à couler !...
Si du moins, quand mon lit en gémissant s'abaisse,
Quelques bruits inconnus, quelques illusions
Me berçaient dans le vague, avec des visions
Du ciel ou de l'enfer !... — Rien !!! une vitre obscure,
Des reflets égarés sur la pâle tenture,
Des formes sans couleur, de l'ombre autour de moi.
Du silence... et puis rien, pas même de l'effroi !...
Que l'aube matinale est lente à m'apparaître !... Mais en un air nouveau je me sens tout frémir ; Est-ce un rayon du jour qui blanchit ma fenêtre ? Le jour... voici le jour !... Si je pouvais dormir !
Tes Yea^^
Noirs et brûlans, jeune femme,
Noirs et brûlans, qu'ils sont beaux !!!
Ils ont troublé mon repos,
Tes yeux, où je lis ton âme,
Tes yeux noirs, qui sont si beaux !...
J'ai vu des yeux d'Espagnole Qui faisaient rêver d'amour :
D'où s'échappaient tour à tour Et le regard qui console, Et celui d'où naît l'amour ;
J'ai vu les blondes Anglaises Et l'azur de leurs grands yeux :
Le regard des Milanaises M'a brûlé de tous ses feux ;
Ni les filles d'Italie,
Ni les filles d'Ibérie,
Oui pourtant sont tout ardeur !
Ni les femmes d'Angleterre,
Ni personne sur la terre
N'a ton coup d'œil enchanteur.
Je te fais une prière :
Que j'aie un regard de toi !
Soulève encor ta paupière, En fixant tes yeux sur moi.
Assez ! c'est assez !... mon âme Se fond sous des yeux si beaux...
J'y perdrais tout mon repos...
Noirs et brûlans, jeune femme.
Noirs et brûlans, qu'ils sont beaux !
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