LA CHASSE INVISIBLE
Un bruit de meute qui s'égare, Des ris, des pleurs, des hurlemens, Ainsi qu'une horrible tempête, Roulèrent au-dessus des cours Et firent trembler jusqu'au faîte Les donjons et les vieilles tours.
— « Dis-moi, dis-moi, mon petit page, « Ce que j'entends, est-ce l'orage
« Qui gronde en passant sur les bois ?..
— « Me semble, dame châtelaine, « Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix. »
Les chiens ont retrouvé la voie Du gibier qui fuit devant eux, Et, vers leur invisible proie, Se précipitent plus joyeux ; Et déjà leur rumeur lointaine Se perd en d'immenses déserts.
Et ne trouble plus qu'incertaine Le calme renaissant des airs.
— « Loys, Loys, mon petit page, « Ce que j'entends, est-ce l'orage
« Oui gronde en passant sur les bois ? — N< Me semble, dame châtelaine, « Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix.
— « Pauvre Loys, ta voix tremblante
« Arrive à peine jusqu'à moi :
« J'ai peur !... Ma lampe vacillante
« Ajoute encor à mon effroi.
« Sais-tu que mon seigneur et maître
« Au camp marche avec tous les preux ?
« Si je t'ouvrais, Loys ?... peut-être
« On a moins frayeur, étant deux.
« Dis-moi, dis-moi, mon petit page, « Ce que j'entends, est-ce l'orage « Oui gronde en passant sur les bois ?. — « Me semble, dame châtelaine, « Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix.
— « Allons donc, enfant, entrez vite, « Asseyez-vous près du foyer :
« C'est moi, Loys, qui vous invite, « Pourquoi rougir et bégayer ?...