LA CHASSE INVISIBLE I I
« Là, bien, là !... sur cette escabelle, « Près de moi... Non, jamais ne vis « Aussi timide jouvencelle « Qu'est peureux ce pauvre Loys !
« Loys, Loys, mon petit page, « Ce que j'entends, est-ce l'orage « Oui gronde en passant sur les bois ?. — « Me semble, dame châtelaine, « Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix. »
Et la fanfare plus bruyante Revient, roule sous les arceaux, Et soudain la meute aboyante Fait trembler le plomb des vitraux.
— « Sainte Vierge ! le bruit redouble... « Que je voudrais être à demain !...
« Je meurs !... la nuit, un rien me trouble. « Approche !... donne-moi ta main !...
« Dis-moi, dis-moi, mon petit page, « Ce que que j'entends, est-ce l'orage « Qui gronde en passant sur les bois?,.. — « Me semble, dame châtelaine,
lit) POESIES DE CHARLES DOVALLE
« Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix. »
La lampe est éteinte, et dans l'àtre S'efface un reste de clarté Que la cendre chaude et rougeâtre Sur le mur noir avait jeté.
Puis, il se fait un grand silence ; Puis, la nuit achève son cours, Et puis enfin, le jour commence Et du castel blanchit les tours.
— « Loys^ Loys, mon petit page, « Ce que j'entends, est-ce l'orage
« Qui gronde en passant sur les bois ?...
— « Me semble, dame châtelaine, « Que j'ouïs, là-bas, dans la plaine, « Un cor, des limiers et des voix. »
Lors, autour du foyer paisible,
Les varlets, en propos divers,
Parlaient du chasseur invisible
Qui la nuit chasse dans les airs :
— « C'est vrai !... » leur dit la noble dame ;
Loys souriant à demi :