UN JOUR DE MARS
A présent tout me rit : et la mouche brillante, Oui se balance là sur ses ailes d'azur, Et ces touffes de mousse, et l'herbe verdoyante Oui point timidement dans les fentes du mur.
Les arbres vont fleurir; ils ont des boutons roses : J'ai vu des papillons qui volaient alentour ; Dans un mois, ce sera le premier temps des roses... J'aime le temps des fleurs ; les fleurs parlent d'amour.
Oui, les fleurs; puis bientôt, les belles matinées; Puis les grands fils d'argent qui courent sur les prés ; Puis, sous des gouttes d'eau les plantes inclinées Oui cachent dans les foins leurs disques bigarrés.
Puis après, les longs jours d'accablante mollesse, Où l'on cherche le frais, où l'on dort à midi ; Où, parmi les coussins, le Luxe et la Paresse Ont un bras nonchalant sous leur tête arrondi.
Puis après, les beaux soirs, les tièdes crépuscules. L'heure où l'on court aux champs avec ses jeunes sœurs ; Où les petits enfans tressent des renoncules, Et des frêles pavots mélangent les couleurs.
Les beaux soirs, les beaux jours, les matins sans orage^ Le printemps embaumé, l'été resplendissant, Tout cela rend joyeux !... — Je sens comme un nuage Oui s'étend sur ma tête et me glace en passant...
Où fait-il du soleil?... j'ai froid !... Si la lumière Chauffe encor quelque vitre, ou quelque blanche pierre Qu'un rayon de midi fait brûler jusqu'au soir. Dites-le moi ; c'est là que je voudrais m'asseoir.
lia Halte au |VIaPais
Triste comme l'attente Quand on n'espère plus
Madame Tastu.
J'ai perdu la meute et la chasse.
Je jette ma voix dans l'espace...
Nul ne répond... j'appelle en vain !... Je vais attendre sous les aulnes, Près de ces joncs plians et jaunes, Mon fusil couché sous ma main.
Après les stériles fougères,
Après les arides bruyères,
Après l'épaisseur des forêts,
Quand un air frais vient me surprendre.
Sous mes yeux j'aime à voir s'étendre
Le morne aspect d'un grand marais.
J'aime ces herbes qui s'enlacent,
Et ces roseaux qui s'embarrassent,
Courbés sous le poids d'un oiseau ;
Et ces débris tachés de rouille.
Où saute la verte grenouille,
Dont chaque bond s'entend dans l'eau.
J'aime les corsets bleus et frêles Des innombrables demoiselles Qui vont bourdonnant sur les fleurs.
Et qui mêlent au vert des plantes Leurs paillettes étincelantes Et leurs diaphanes couleurs.
Souvent, alors, mon front se penche.
Docile au vent, comme la branche Du saule qui frémit là-bas ; Et, las des plaisirs éphémères.
Je rêve de douces chimères Que l'avenir ne verra pas.
Là, nul bruit ne vient me distraire ; Mélancolique et solitaire.
Je me hâte de sommeiller ;