LA HALTE AU MARAIS
Là, je peux rêver tout mon rêve, Sans craindre qu'avant qu'il s'achève La raison vienne m'éveiller.
Là, quand je relève ma tête, Que j'entends siffler la tempête Au front des arbres agités ; Pendant que des lueurs livides Tombent du ciel, éclairs rapides Dans l'eau dormante répétés ;
J'aime à sentir, bientôt chassées, D'errantes et tristes pensées Sur mon cœur passer en glissant, Comme de noires hirondelles Qui frappent du bout de leurs ailes Les flots paisibles de l'étang.
Là, par des routes inconnues.
Qu'un héron, perdu dans les nues.
Vienne s'offrir à mes regards :
Si son vol, lent et monotone.
S'égare sous un ciel d'automne, Parmi la brume et les brouillards ;
Par un temps nébuleux et sombre, Toujours errant, ainsi qu'une ombre, S'il semble fuir un long ennui ; Mon œil terne, dans son voyage, Le suit de nuage en nuage, Et mon âme vole vers lui :
Mon âme, qui gémit sans cesse.
Et qu'une invincible tristesse Engourdit dans un froid sommeil ; Mon âme toujours déchirée, Et qui languit décolorée.
Comme une plante sans soleil.
GaPde4e bien!
Ballade
Amors vivant n'est rien que tromperie.
Thibault de Champagne.
Ne sois trompeuse^ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
Point ne crois les femmes traîtresses Pourtant quelque chose me dit Que la plus chère des maîtresses En riant souvent nous trahit.
Ne suis jaloux, mon Aloïse, Ne suis jaloux, mais t'aime tant !...
Tiens, écoute encor ma devise ; Malgré moi dis à chaque instant :
Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
Tes grands yeux, ton gentil sourire, Pour moi sont plus doux qu'un beau jour. Oh ! combien me plaît ton déhre !...
Comme suis fier de ton amour !...
Mon Aloïse est douce et sage.
Et son serment n'est point trompeur...
Mais... Monseigneur a plus d'un page...
Mais... il est charmant, Monseigneur !...
Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
Loin de moi, sombre défiance !...
Veux toujours croire à mon bonheur;