‹ Poésies complètes. PubliéesChapitre 90 sur 95 · GARDE-LE BIEN · texte numérisé non relu

GARDE-LE BIEN

Sais bien qu'aux grâces de l'enfance

Aloïse en joint la candeur.

Mais sais aussi de la constance

Ce que m'a conté dame Alix :

Sais que m'ont fait huit jours d'absence

Abandonner de Béatrix...

Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :

Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !

Béatrix était jeune et belle,

Et l'aimais presque autant que toi ;

Comme toi se disait fidèle,

Et moi, me fiais à sa foi.

Un soir, près de la châtelaine,

Point ne vins aux jeux de l'ormel :

Mon maître et moi courions la plaine

Ne songeant guère au ménestrel !...

Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :

Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !

Montrant d'assez tristes figures Aux enchanteurs, aux chevaliers, Cheminions, cherchant aventures, Montés sur de noirs destriers.

Bien malheureux fut le voyage !

Las ! quand nous fûmes de retour, La châtelaine aimait un page...

Et Béatrix, un troubadour !

Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :

Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !

li'flvea de lioïse

Fabliau

M'avez conté si gentilles fleurettes, Qu'en ai perdu le somme et le repos : Ah ! Monseigneur, tant doux et jolis mots Font soupirer le cœur des bergerettes ! Toute la nuit, le mien en a rêvé ; Vous ai cru voir, ainsi qu'étiez naguère. Dans ma chaumière en secret arrivé, A mes genoux, réciter la prière

Oui fait aimer ; Puis, me narrer, après, les amourettes Des hauts barons avec les bachelettes,

Pour m'enflammer.

Lors, en courroux : « Nenni, disais-je, sire, « Nenni toujours. » — Mais avec un sourire, Vous, Monseigneur, vous approchiez de moi ; Et vos cheveux, en boucles vagabondes.

Roulaient parfois avec mes tresses blondes Sur mon blanc col ; dont rougissais d'émoi. Ce que voyant : « N'ayez frayeur, Loïse, « N'ayez frayeur, me dites-vous tout bas, « Ne vous veux mal. » — Et près de vous assise Ne bougeais pas.

Lors à mon doigt vis briller une pierre ; Mon chaperon avait des diamans.

Et de nouveau murmuriez la prière Oue font amans.

Comme disiez : « Loïse que j'adore,

« Ai trop d'amour, prenez-en la moitié ;

« Le voulez-vous ?... » — Allais répondre encore

« Nenni toujours... » mais Pavais oublié.

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