GARDE-LE BIEN
Sais bien qu'aux grâces de l'enfance
Aloïse en joint la candeur.
Mais sais aussi de la constance
Ce que m'a conté dame Alix :
Sais que m'ont fait huit jours d'absence
Abandonner de Béatrix...
Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
Béatrix était jeune et belle,
Et l'aimais presque autant que toi ;
Comme toi se disait fidèle,
Et moi, me fiais à sa foi.
Un soir, près de la châtelaine,
Point ne vins aux jeux de l'ormel :
Mon maître et moi courions la plaine
Ne songeant guère au ménestrel !...
Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
Montrant d'assez tristes figures Aux enchanteurs, aux chevaliers, Cheminions, cherchant aventures, Montés sur de noirs destriers.
Bien malheureux fut le voyage !
Las ! quand nous fûmes de retour, La châtelaine aimait un page...
Et Béatrix, un troubadour !
Ne sois trompeuse ni légère ; Tendre amour s'alarme de rien :
Garde bien ton cœur, ma bergère, Garde bien ton cœur et le mien !
li'flvea de lioïse
Fabliau
M'avez conté si gentilles fleurettes, Qu'en ai perdu le somme et le repos : Ah ! Monseigneur, tant doux et jolis mots Font soupirer le cœur des bergerettes ! Toute la nuit, le mien en a rêvé ; Vous ai cru voir, ainsi qu'étiez naguère. Dans ma chaumière en secret arrivé, A mes genoux, réciter la prière
Oui fait aimer ; Puis, me narrer, après, les amourettes Des hauts barons avec les bachelettes,
Pour m'enflammer.
Lors, en courroux : « Nenni, disais-je, sire, « Nenni toujours. » — Mais avec un sourire, Vous, Monseigneur, vous approchiez de moi ; Et vos cheveux, en boucles vagabondes.
Roulaient parfois avec mes tresses blondes Sur mon blanc col ; dont rougissais d'émoi. Ce que voyant : « N'ayez frayeur, Loïse, « N'ayez frayeur, me dites-vous tout bas, « Ne vous veux mal. » — Et près de vous assise Ne bougeais pas.
Lors à mon doigt vis briller une pierre ; Mon chaperon avait des diamans.
Et de nouveau murmuriez la prière Oue font amans.
Comme disiez : « Loïse que j'adore,
« Ai trop d'amour, prenez-en la moitié ;
« Le voulez-vous ?... » — Allais répondre encore
« Nenni toujours... » mais Pavais oublié.
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