‹ Poésies complètes, revues sur les manuscritsChapitre 167 sur 228 · RONDEAU CCXXVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CCXXVIII

Serviteur p!us de vous, Merencoile, Je ne seray, car trop fort y Ira veille ; Raison le veult et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie.

A Non Chaloir vueil tenir compaignie.

Par qui j'auray repos sans que m'esveillc. Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille.

Se de vous puis faire la départie.

Et il seurvient quelque eslra!i6e,merveille, Legierement passera par Toreille !

Au contraire jamais nul ne me die Serviteur plus de voua, Merencoliel

RONDEAU CCXXIX.

Du tout retrait en hermicaige De Non Chaloir, laissant Folie, Désormais veult user sa vie Mon cueur que j'ay veu trop volage.

Et savez vous qui son courage

changié? s'a fait maladie, Du tout retrait en hermiijige De Non Chaloir, laissant Folie.

Fera il que fol ou que sage ?

Qu'en dictes vous, je vous en prie?

11 fera bien, quoy que nul dye, Moult y trouvera d'avantage.

Du tout reirait en hermîtaige.

RONDEAU CCXXX.

Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour, Saint Valentin ?

N'auray je que d* Espoir butin, • L'attente des desconfortez ?

Petitement vous m'enhortez D'estre joyeulx à ce matin.

Est ce tout ce que m'aportez A vostre jour, Saint \ alentin ?

Nulle rien ne me rapportez, Fors bona dies en latin, Vieille relique en viel satin ; De telz presens vous déportez.

Est ce tout ce que m'apportez?

RONDEAU CGXXXI.

Quant Pleur ne pleut, Souspir ne vante. Et que cessée est la tourmente De Dueil, parle doulx temps d'Espoir, La nef de Desireulx Vouloir A Port Eureux fait sa descente.

Sa marchandise met en vante Et à bon marché la présente A cculx qui ont fait leur devoir, Quant Pleur ne pleut, Souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De Dueil, par le doulx temps d'Espoir,

Lors les marchans de Longue Attente, Pour gaaigner et corps et rents

Et tout ce qu'en peveni avoir,

Q'en achelier font leur povoir

Tant que chascun cueur s'en contente,

Quant PJeur ne pleut, Souspir ne vante.

Par Di^noiit d'Amiens.

En lagrant mer de Desplaisance, Sans avoir espoir d'A legance De trouver port, fors de Douleur, Nage tousjours mon povre cueur, En bateau banny d'Espérance.

Vaille n'a que Decevance, Ne souile que de Pacience, Jamais n'y vente que Maleur, En la grant mer de Desplaisance, Sans avoir espoir d'Alegance De trouver port, /ors de Douleur.

Dueil, Soussjr ont la gouvernance.

Qui ne lui donnent, pour pitance.

Que bescuit durcy de Langueur, Avecques eaue de Rigueur; Ainsi languist, faisant penance , En la grant mer de Desplaisance.

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