BALLADE DE LA BELLE VIROISB
Regardez-la, cette fille de \ire
Bonne à porter les sacs de son mouUnl
Elle ravit avec son large rire
Tout le pays d'Olivier Basselin ;
Elle a Tair brave et le geste malin
Et la noblesse au front, bien que vilaine,
Et le sein droit, sans corset de baleine.
Elle babille ainsi qu'un moineau franc ;
Le vent la baise et boit sa fraîche haleine,
lèvre rouge, ô belle fleur de sangl
Cette beauté qui jamais ne soupire
Court par les champs comme un jeune poulain
Et chante et mange, et folâtre et respire.
Même elle vide avec Pierre et Colin
Son pot de cidre écumcux et tout plein.
Dans le manoir dont elle est châtelaine
One ne vit-on ruolz ni porcelaine ;
Mais ses dents sont de neige, et bien en rang
Comme s'en vont les agneaux dans la plaine.
\è\re rouge, 6 belle Heur de sang!
L'ennui, ce mal affreux qui nous déchire, N'est pas connu de son cœur masculin. Notre Viroise au ruisseau qui l'admire Lave ses pieds dans le Ilot cristallin ; Puis, sous l'ardent soleil â son déclin, Par le sentier Henri de marjolaine, Laissant Hotter son cotillon de laine Sur la rondeur de son robuste liane.
Elle s'en va, chantant de sa voix pleine.
lèvre rouge, ô belle fleur de sangl
ENVOI
Prince, la bouche en fleur de Madeleine Pâlit d'amour parfois, jamais de haine.
Le magister, assis sur un vieux banc, En la voyant dit : C'est la grecque Hélène.
lèvre rouge, ô belle fleur de sangi
Juillet 1860^