BALLADE A LA LOUANGE DES ROSES
Je veux encor d'un vers audacieux
Louer la fleur adorable et sanglante
Qui dit : Amour ! sous l'œil charmé des cieoz;
La fleur qui semble une lèvre vivante
Et qui nous baise, et dont la couleur chante
Dans ses rougeurs un bel hymne idéal.
Par ce matin vermeil de Floréal,
Je veux chanter le calice où repose
L'enivrement du parfum nuptial.
Sur toutes fleurs je veux louer la Rose.
La Rose ouvrait son cœur délicieux.
Dans les sentiers où verdissait l'acanthe Tu la rougis de ton sang précieux, Reine de Cypre, ô Cypris triomphante 1 La violette est sa pâle servante.
Le chaste lys près du flot de cristal Reste épris d'elle, et n'est que le vassal De sa splendeur suave et grandiose, Et l'astre âeul croit qu'il est son égal.
Sur toutes fleurs je veux louer la Rose.
Sans dérider le Roi silencieux, Vivant rubis, une Rose galante Égayé, au sein du palais soucieux, Les cheveux blonds de la petite Infante* Et cependant, sans voir son épouvante, Pareil lui-même au sombre Escurialy
Son père au front livide et glacial Se tient auprès d'une fenêtre close, Pâle à jamais de son ennui royal.
Sur toutes fleurs je veux louer la Rose.
ENVOI
Prince, un divin poète oriental Chanta jadis pour son pays natal Ma fleur de pourpre et son apothéose.
Tel, après lui, dans un chant triomphal, Sur toutes fleurs je veux louer la Rose,
Mai 1860.