‹ Poésies complètesChapitre 46 sur 151 · A MERY · texte numérisé non relu

A MERY

Plus vite que les autans, Saqui, l'immortelle, au temps De sa royauté naissante.

Tourbillonnait d'un pied sûrp A mille pieds en l'air, sur Une corde frémissante.

176 ODELETTES

Et 1*011 craignait qne d'un bond Parfois son vol vagabond Décrochât, par aventure, Parmi les cienx étoiles, Les astres échevelés Fouettés par sa chevelure.

En haut vers elle parfois, Comme de tremblantes voix.

Montaient les cris de la foule Qu'elle voyait du ciel clair Confuse comme une mer Où passe Tardente houle.

Et, soit qu'en faisant un pas

Elle regardât en bas

Ou vers les célestes cimes.

Aux deux que cherchait son vol»

Comme à ses pieds sur le sol,

Elle voyait deux abîmes.

Dans les nuages vermeils, Au beau milieu des soleils Qu'elle touchait de la tête Et parmi l'éther bravé.

Elle songeait au pavé.

Tel est le sort du poëte.

Il trône dans la vapeur.

Beau -métier, s'il n'avait peur De tomber sur quelque dalle Parmi Jcï badauds sereins, Et de s'y casser les reins Comme le fils de Dédale.

ODELETTES. 177

Dans Tazur aérien Qui le sollicite, ou bien Sur la terre nue et froide Qu'il aperçoit par lambeau, Il voit partout son tombeau Du haut de la corde roide,

Et, sylphe au ventre changeant Couvert d'écaillés d'argent, Il se penche vers la place Du haut des cieux irisés, . Pour envoyer des baisers A la vile populace.

Mai 1855.

Page 1