A GAVARNI
La Beauté, fatal aimant.
Est pareille au diamant Que la fange peut mouiller Sans le souiller.
Jusqu'au milieu du ruisseau, L'éclat pur de son berceau Garde un charme essentiel Qui vient du del.
Ainsi, leurs cheveux au vent, Vois ces folles qui souvent Bercent le premier venu Sur leur bras nu.
'/;/>-LCTTE5.
V,t^n nilii« aux iftïni» tI6tris, Util (l^vi<iHf(i'nl Paris Avoc hMir ri'tfard moqueur, N'iMii plu» do cœur.
louv *r»u In^iMiîùhlo et froid V^hu* iHoi'il lo corset tUroit, Nu |.»m;u>» poiulaut un jour luMul^U'^ d\imour.
WvvK>N ^\^\v^ dVuooUvS,
U\MU MOU UOXOtîlo U'S ^ttâ^
ODELETTES. 179
Ni cette perle des mers Arrachée aux flots amers, ' Ni Golconde et son trésor, Ni même l'Or !
Car rOr sur notre chemin, C'est l'Art sacré dont la maia Embellit les horizons De nos prisons ;
C'est la sereine fierté, C'est un jour de liberté Sous les ombrages fleuris Loin de Paris ;
C'est TAmitié, douce voix, Qu'on peut encore une fois Accueillir et mieux choyer A son foyer.
Mais ce gouffre où tout se perd!
Mais elles I L'or ne leur sert Qu'à se parer de chiflons Pour des bouffons.
Pourquoi donc les chantons-nous, Cœurs de l'Idéal jaloux, Qui toujours au ciel obscur Cherchons l'azur ?
Sur leurs têtes sans douceur Pourquoi, poëte et penseur, Fais-tu jaillir un rayon De ton crayon?
•c Cherchez les effets et les caoses, ■
Nouï liisent les réreors moroses.
~ '> niDb ! des mots ! caeillons les roses.
ODELETTES. iB\
n est dans File lointaine
Où dort la péri, Sur le bord d'une fontaine,
Un rosier lleuri
Qui 8*orne toute Tannée Des plus belles fleurs.
n est une coupe ornée De mille couleurs,
Dont le sein de marbre voile Les flots d'un doux vin*
est une blanche étoile Au rayon divin,
Qui verse de blanches larmes Au cœur des lys blancs.
n est un seuil, plein de charmes Pour mes pas tremblants,
Où je vais poser ma tête
Pour me reposer.
n est un jardin en fête
Plus doux qu'un baiser,
Qoi le soir, au clair de lune.
Tressaille embaumé,
C'est ton front, ta tresse brune« Ta lèvre, 6 Fatmé I
Juin 1847.
le
A KAOUL LBBARBIBa
Lorsqu'avec les sons Dont fa les complètes.
Tu fais des chansons
s odelettes, Mille Lis]i('cts divers De grâec [jhysitjue Naissent dans mes ver»
Avec la jiiusique !
A ta seule voii, Tout eu eux s'Éveille Et ïit à 1,1 fois.
rare merveille !
A [uaviLjne «il fleur, A ma [imiason mûre.
Tu iL'iid- la couleur Avec le muimure 1
Au ciei mugissant Do cl ailés sans voilei, La nuit eu naissant Frissonne d'étoiles, s berceaux I touchante Uavit les rnisseaux, Le rossignol diante 1
ODELETTES. i83
La biche qui court Parmi les charmilles S'arrête tout court, Et des jeunes filles Sous tes feux tremblant»»
lune incertaine, Lavent leurs pieds blancs Dans une fontaine.
C'est sous le bouleau.
Dont les feuilles sombres Découpent dans l'eau De légères ombres, Et lorsqu'un éclair Montre leurs visages, On sent courir l'air .
Dans ces paysages I
Derniers enchanteurs Des âmes en fête, divins chanteurs, Qui sur notre tête Agitez encor D'une main hardie Les clochettes d'or De la mélodie !
Dans l'azur secret.
Un sylphe voltige Sur votre forêt Où tout est prestige.
Chaque art a le sien.
Mais rien ne s'achève, musicien, Qu'avec votre rêve !
I»» ODELETTES.
Le monde amoureux De la Poésie Se sent plus heureux Lorsqu'il s'extasie Aux accords si doux Nés de ce délire, Mais c*est toujours tous Qui tenez la lyre 1
Aimons-nous et dormons Sans songer au reste du monde !
Ni le tiot de la mer, ni Touragan des monts^
Tant que nous nous aimons Ne courbera ta tête blonde,
Car Tamour est plus fort
Que les Dieux et la Mort I
Le soleil s'éteindrait Pour laisser ta blancheur plus pur».
Le yent, qui jusqu'à terre incline la forêt.
En passant n'oserait Jouer avec ta cheyelure.
Tant que tu cacheras
Ta tête entre mes l>raf '
ODELETTES. 185 j
Et lorsque nos deux cœurs S'en iront aux sphères heureuses Où les célestes lys écloront sous nos pleurs, Alors, comme deux fleurs Joignons nos lèvres amoureuses.
Et tâchons d'épuiser La Mort dans un baiser 1 I
JanTier 1846.
A PHILOXENE BOYER
David, brûlé de pures flammes, Dans un chant aux notes divines, Pour faire soupirer deux âmes Croise des rimes féminines.
La Volupté ravie embrase Tout ce cantique des cantiques, Et jamais si suave extase Ne charma les odes antiques.
On dirait deux blanches colombes Que les feux de Tamour meurtrissent.
Roucoulant au-dessus des tombes An mois où les roses fleurissent.
Si comme toi, quand tu te penches Sur sa féerie où tout respire, J'avais entrevu sous les branches Le songe étoile de Shakspere,
Ift
186 0DELET.TB8.
Je voudrais écrire un poème Dans ce rhythme des coeurs fidèles, Ausgi doux que le mot : Je faime^ Et rempli de langueurs mortelles,
Et, comme dans une peinture Où se lamente le génie, Toutes les voix de la nature Pleureraient dans ma symphonie.
Jain 1856.
A UN EICHB
Ma foi, vous avez bien raison, Vous pour qui tout est tloraiEon
Et violettes Parfumant les pieds de vos ly->, De ne pas célébrer Phyllis
En odelettes.
Vous qvi fMnnrez chaque matin.
Bercé par le flot de satin
Qîui vous arrose, Voir dans r-or de votre sa! oc Tomber les flèches d'Apo-lkm,
Parliez en prose 1
ODELETÏKS. 487
Mais pour nous qui, jusqu'à présent, Soupoas sous la treille en causant
Avec la lune, (Et c'est notre meilleur repas I) Ami, ne nous enlevez pa3
Notre fortune.
Dans les fleurs, près de frais bassin?, Nous nous couchons sur des coussins
Très-prosaïques, La pourpre au dos, vous le savez I Et dans des bains de stUiC p^vés
De mosaïques.
Le col paré de nos présents, .
De belles filles de seize ans
Nous versent mèxQê Avec le charme oriental, Le vin du Rhin dans ton c^istil^
Sainte Bohême !
nuits d'étoiles sous les «j<eittl Jardins, nectar délicieus^ Voûte sublime !
Nous les possédons en eDCei^ Mai3, hélas ! ce jbea.u mj[)ii40 êié iét
Sans elle et «es fMisiii«« ftenfit^ Pour pouvoir «ihe»*ehep h^rs Pmliê
Qui court dsm des piLzom mmim^ ■ 11 nous faiidi^it hie^ x|iM4»>e «Mts .Éentô d^jeute.! . .. .
188 ODELCTTKS.
Oa, je frissonne d*T penser!
Noas n^osmons pas noos passer
L^ fantaÎ5Îe De perdre un qnart dlieore aox gênons De Gidalise. Ah! laissezHMns
La poésie!
CHANT SÈCULAIRB
Notre Eldorado, Mes amis, enfin doit èdore :
Malgnft mon bandean, le Tois nne noQTelle aurore* Aox denx extasies Tout est pourpre et rosiers:
Yoid llieiure, (^ sainte colère !
De chanter le chant séculaire :
Les temps sont Timos Pour les Di^otx inconnus !
somhres penseurs Forts ^ seuls comme les grands Agoiti
Oirier^esuos soeurs.
Tendres hrs brisés par des dialnMl Laisseï le saint amour Éclater au grand jour, Gur Q^rpcis, la pâk captive, AlâTèsonfruntdans Tean titu: Les temps sont venus Pour lus Diuux inconnus I
ODELETTES. 189
Tout ce qu'on pleura, DéYOuement, liberté, génie.
Tout refleurira Pour le règne de Tharmonie :
L*art sera dévoilé Gomme un ciel étoile, Et la Muse, pareille aux femmes.
Chantera ses épithalames :
Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus 1
Je vois les doux vers Rejaillir en strophes écloses,
Et des arbres verts Un miel pur couler dans les roses.
Les Grâces vont pieds nus Sur les monts chevelus Et leur pas dans les fleurs naissantes Guide en chœur les vierges dansantes :
Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus !
L'Auguste Beauté A quitté les bois de Cythère;
Son calme enchanté Resplendit sur toute la terre, Et le mal abattu Sous ses pieds meurt vaincu.
Nous tenons sans honte et sans fièvres Lldéal vivant sous nos lèvres :
Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus I
Avril 1846.
f^ ZZZ'^ZZZE^*.
A ROGER DE BEAUTOIR
Ce temps est â sér^re
Qaon n'o=c pas Bempllr deux t*jis soo venv
Dans nn repas,
IQ céder à l'ivresse
De 5on d«^sir, Ki chanter -^a maîtresse
Et le plaisir î
On croit que, p<jur parai" re Rempli d'orinierJ,
D est distingué d'être Toajoors en deuil *
Les topazes, la soie, La pourpre et tout.
Ne font pas une joie D'assez bon goût.
Et les bourgeois que llatte Un speech verbeux.
Ont peur de l'éearlate Coiame les bœufs I
pauTres gens sans flamma^
Qui, par devoir, Mettent, même à leur âme, Un habit noir!
ODELETTES. iOl
Qu'ils ne poissent plus boire
Sans déroger, C'est bien fait pour leur gloire 1
Mais, cher Roger,
Nous de qui le cœur aime
Un doux regard.
Admirons ce carême
Comme objet d'art,
Et restons à notre aise
Dans le soleil Qu'a fait Paul Véronèse
Aux Dieux pareil I '
Sa lèvre nous embrase !
Que ces marchands Gardent pour eux l'emphase,
Et nous les chants !
Tant que des gens moroses
Le ciel épris Ne mettra pas auîc roses
Un habit gris.
Tant qu'au dôme où scintillent
Les firmaments.
Parmi les saphirs brillent
Des diamants,
Tant qu'au bois, où m'accueille
Un vert sentier.
Naîtront le chèvrefeuille
Et l'églantier,
,fc\ ffceïeux d'or,
^ le vin de Fran p les raisins -jtrup' l'espÉradce
^;^0DS la jeune Grâce
Pour écliansoD, Que Jamais rien ne lasM
Notre chanson!
Et TOQs que j'accompagne
Versez-nous le chimpagna I Laissons courir,
Avec l'or et la lie
De sa liqueur, L'inconstante folie
Dans notre cœur.
Bavons ce Qot suave
Et sans rival, Et nous prendrons l'air grave Au carnayal !
ODELETTES. 193
LA VENDANGEUSB
Toi dont les cheveux doux et longs Se déroulent en onde fière, Comme les flots de ta rivière, belle mJe de Châlons !
Penche ta tête parfumée, Que je puisse, 6 ma bien-aimée 1 Voir baigné par ces cheveux blonds Ton riant profil de camée. '
fille d*un climat divin l Tu naquis plus blanche qu'un cygne Et ton grand-père dans sa vigne Mouilla ta lèvre avec du vin I Aussi, lorsque la primevère Triomphe du climat sévère, Loin du monde vulgaire et vain, Vers les cieux tu lèves ton verre
Toute à rinstant qu'il faut saisir, Tu mords, et d'une ardeur pareille, Aux raisins gonflés de la treille Comme à la grappe du plaisir ! Et sur ta poitrine, où se noie Une lumière ivre de joie.
Mû lissent les fruits du Désir Comme une vendange qui ploie.
194 uij:::LETTES.
En tes veines, de toutes parts, Bourguignonne aux tresses dorées, Le sang des Bacchantes sacrées Bouillonne dans ton sang épars, £t tu tiens tes idolâtries De ces guerrières des féeries Qui conduisaient les léopards Atoc des guirlandes fleuries !
n fat ton aïeul, cet amant De la chanson ivre et sauvage, Menant sur son char de feuillage, Par TAttique, un troupeau charmant I C'est pourquoi, danseuse étourdie, Tu fais d'une main si hardie Carillonner joyeusement Les grelots de la Comédie?
vendangeuse I tu souris,
Embrassons-nous jusqu'à l'ivresse I
Buvons encore, ô ma maîtresse !
Déroule tes cheveux chéris
Sur ces raisins 1 car, ô merveilles I
Tes tresses blondes sont pareilles
Au soleil qui les a mûris.
Et ta bouche aux grappes vermeilles»
Septembre 1853.
ODELETTES. 1')5