‹ Poésies complètesChapitre 48 sur 151 · A THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

A THÉOPHILE GAUTIER

Quand sa chasse est finie, Le poêle oiseleur

Manie L'outil du ciseleur.

Car il faut qu'il meurtrisse, Pour y graver son pur

Caprice, Un métal au cœur dur.

Pas de travail commode !

Tu prétends, comme moi,

que l'Ode Garde sa vieille loi,

Et que, brillant et ferme, Le beau rhythme d*airaiii

Enferme L'idée au front serein.

Car toi qui, fou d'extase, Mènes par les grands cieuz

Pégase, Le cheval aux beaux yenx:

Toi qui sur une grève Sais prendre en ton réseau

Le Rêve, Comme un farouche oiseau;

Odette, Tos ehereox Termnls Ont le janne éclat des soleils Pumî les moissons eocbautées.

Et caresseot en nappes d'or Vos tempes plus blanches encor Que des étoiles argentées.

Quand l'aurore rose à demi Se jone et frissonne parmi Cette donce toison fatale, De paies et tristes Inenrs Éclairent de reflets rCTeon Votre jone anx teintes d'opala.

Snr votre jeane front penché

L'étincelle d'nn feu caché

Riille dan* vos jem clairs et sombrM,

tii comme de tendres pistils.

Les bandeaoi soyeni de vos cils

Vous caressent de grandes ombre».

ODELETTES. ftt7

Vos lèvres, déjà tout en Qenri Ont riiarmonieuse pâleur De la sensitive froissée, Et ce lys que rien n'outragea.

Votre front se courbe déjà Sous Forage de la pensée.

Vos regards sont si languissants Qu'à votre petit cœur je sens Saigner de secrètes blessures, Et parfois dans vos yeux pensifs Je crois voir s'amasser, captifs, Tous les pleurs des amours futures.

Ah ! que ces pleurs silencieux Ne coulent jamais de vos yeux I Et ne voyez jamais éclore, Autour de vos cheveux flottants, De nos saisons que le printemps Et de notre jour que l'aurore l

Que rien n'emplisse de sanglots

Votre âme pareille à ces flots

Où Dieu lui-même se reflète !

Parlez aux cieux, aux champs, aux l)Ois

Avec votre plus douce voix.

Soyez heureuse, chère Odette I

Dites aux bosquets de rosiers :

« Je veux que vous me le disiez Comment vos fleurs s'épanouissent, Et parmi de calmes amours Je veux que ma vie et mes jours Ainsi que vos roses fleurissent ! »

A la source dont le Qot r.lair Bi'it ie bleu Iransparer.t de l'air, Diles: H Je veus, ô lliits sans nombre. Que mes jonrs coulent, comme vous.

Sur un cbemin facile et dom, A l'abri d'un fenilliiije sombrel «

Au bel Ange qui suit vos pas ;

Ne soit qu'harmonie e Tel dans l'oasis du dt'sert On entend parfois nn eoneert De Toii humaines et de lyres. »

Tons Ëconteront votre yœa 1 Vous paHiez encore au bon IHea Hier dans les célestes (écries, Et TOUS devez «icor savoir En qnek mats se parlent an soîi (Jn ange et des roses fleories.

Juillet 1840.

A EUGÈNE QRANOË

La fille du gai Thespis

Est tout endormie Et pencLe son front de Ijs

Sur sa main blêmie.

Ses Bacchantes auï doui yeui Ne versent plus !e vin vieux; Assez de pleurs ! j'aime mienr

L'amour de ma mie.

odelettk/s. i99

On dit que nous triomphons I

gaîté facile, Où sont tes joyeux bouffons

Venus de Sicile ?

Les grands mots ont effrayé Ce peuple au manteau rayé Dont Molière a défrayé

La verve docile !

Mais ta muse lace encor A son pied d'albâtre

Le léger brodequin d'or Qui sied au théâtre.

L'Amour est votre échanson*

Il rit à votre moisson :

Qu'il nous rende la chanson Rieuse et folâtre !

Que la Comédie au moins

Ait son chant du cygne] Ahl sans prendre tant de soiam

Pour paraître digne, Son beau rire était si pr<»Dpt J Ami, sans lui faire affront, Rien ne sied mieux à son front Qa*un rameau de vigne.

Mai U65.

A JULES DE PREMARA7

Lecteur, prompt à noas consoler, Toi qui sais encore Toler Comme l'abeille, aa miel altîque.

Ton enthonsia^te ramenr Encoarage le doux rimenr, Toix émoe et sympathiquel

mon ami, c'est déjà vienil Depois dix ans, les envieux, ÂcharnÊs sur la même lime.

Ensanglantent leurs yeux ardents, Et Tiennent se brber les dents Contre l'acier par de ma rime.

poésie ! ange fatal !

Des fons marchent d'un pied bmtal A travers tes Édens splendides.

Comme, aux approches de la nnit.

Par les déserts de fleurs s'enfuit Le troupeau des buffles stupides.

Hais croissez, pervenches et Uijml Comme ces lueurs du matin Oa'enveloppent en vain des voiles, B^mboles de mes amours!

C'est TOUS senh qui vivrez toujours, Pi!.itemps, lauriers, chansons, étoiles'

ODELETTES. 2Ut

THÉOPHILE GAUTIBR

Théophile Gautier! poète An regard limpide et vermeili Dont Tœavre fut un hymne en fdte A la vie ivre de soleil !

A llieure où la Mort en délire.

Avec un regret insensé, Admire encor ton fier sourire Qu'elle éteint de son doigt glacé.

Pardonne-moi, maître des charmes.

Dont Tesprit s'enfuit vers le ciel, Si tu vois mes yeux pleins de larmes Devant toi, songeur immortel.

Pardonne-moi si je te pleure, Car, 6 maître, c'est l'humbla ami Qui prie et sanglote à cette heure Auprès du lutteur endormi.

Mais ma propre fierté s'irrite De s'attrister en ces douleurs, Et je sais qu'un tel deuil mérite Bien autre chose que des pleural

ODELETTES. 203

Et Tenvie aux dents de couleuvre A beau se plaindre et crier : Non!

Elle fait briller sur ton œuvre Luxuriante, et sur ton nom,

L'éclat lumineux et féerique, Le flamboiement mélodieux Qui sied au poëte lyrique Dans son triomphe radieux ;

Et s' éveillant sous son doigt rose, Chanteur illustre et vénéré, Les clartés de l'apothéose Ruissellent sur ton front sacré 1

Déjà la France, à qui nous sommes, Douce mère frappée au flanc, Dans le troupeau de ses grands hommes Choisit ta place au premier rang ;

Et, te célébrant dans ses veilles, Elle te bénit, fils pieux, D'avoir égalé les merveilles Qu'enfantèrent nos grands aïeux.

fils d'Orphée et de Pindare, Instruit par eux dans l'art des vere.

Qu'elle est belle, en ce siècle avare, Ton œuvre aux cent aspects divers !

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