ODELETTE
Les unes pleurant comme un cvgne.
D'autres avec l'air irrité, Mais toutes laissant voir le signe De rirrésistible Beauté.
La Beauté ! c'est le seul poème Que tu chantas sous le ciel bleu.
Grand porteur de lyre, et toi-même Tu fus sage et beau comme un dieu.
Sans que rien jamais la courrouce.
Un regard calme et contempteur Brillait dans ta prunelle douce ; On eût dit qu'un divin sculpteur.
Dans son jardin planté de yigneSy Épris du beau comme du bien, Avait pétri les nobles lignes De ton visage olympien.
Ta barbe légère et farouche Tombait, soyeuse, en s'effîlant, Pour encadrer ta belle bouche Aussi rouge qu'un finit sanglant,
Et comme au Zeus de Tode ancieiioa Qui songe aux éternels devoirs, Ta chevelure ambroisienne Ruisselait en brillants flots noirs.
ODELETTES.
Sur ton large visage austère Quelle douceur, mais quel mépris Pour tous les hochets de la terre Auxquels on attache du prix !
Rhéteurs aux démarches hautaines Bâtissant un néant profond, Et se penchant vers les fontaines Pour remplir des urnes sans fond ;
Orateurs dévorés de fièvre, Dans le carrefour éhonté Baisant de leur ardente lèvre L'ignoble Popularité ;
Amants de l'or, pourris de plaies, Monnoyant l'angoisse et les pleurs.
Blêmes, et comptant des monnaies Dans la nuit, comme les voleurs ;
Ineptes don Juans de romance, Sous ses haillons d'or, en plein jour, Adorant tous, en leur démence.
Le spectre fardé de l'Amour ;
Maîtres des Odes éclatantes.
Se résignant au rire amer Pour des foales plus inconstantes Que le flot fuyant de la mer ;
pasteur des rhythmes sans nombre, Gomme tu regardais ces fous Acharnés à Tombre d'une ombre, Avec un air pensif et doux,
ODELETTES.
Toi qui t'asseyais sous nn arbre En plaignaut le cerf aux abois!
Toi, t'amaDt des Nymphes de marbre Et de la source dans les bois,
Qui donnais la richesse rile Et tout leur or matériel Pour une Apre strophe d'Escbjte, S'eoTolaut terrible en plûn del 1
Toi qui, dans ton cœur inTÎncible, n>u» pas d'autre r#n étoile One de tire la snode bihie El de nùr dam te dd f^mt I
1\Ù ijtti, dans ta ratdiMir ^ioc^n.
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ODELETTES. 20D
Fier de ton renom qui te vante.
Ta viens vers la postérité, Ayant sur ta lèvre vivante L'inéluctable vérité,
Et dans ta main mystérieuse Apportant, vainqueur du tombeau, Toute une œuvre victorieuse Où resplendit Téclat du Beau I
Au festin de la poésie, Où chacun, levant son bras nu, Boit le nectar et l'ambroisie, chanteur, sois le bienvenu l
Toi qui, pareil à Véronèse, Parmi les satins et les fleurs.
Fais resplendir en ta fournaise Les femmes aux belles couleurs [
Toi qui, dans un temps qui végète.
Nous fais songer aux chœurs dansants Qui bondissaient sur le Taygète, Avec tes vers éblouissants 1
Toi qui, savant aux hardiesses, Peux, comme Myron et Scyllis, Tailler l'image des Déesses Dans le marbre pareil au lys l
Toi qui sus donner à la prose Le prisme durable et charmant Que traverse un éclair de rose, Et le poli du diamant 1
. 210 OntlLEïTES.
Toi qui répands de ta main pleine
Toute une riche floraisoii ! '
Dernier fils du chanirc d'Hélène!
Ame, sagesse, esprit, raison,
Amant du beau, du vrai, du juste, Entre parmi les Dieux de l'art. Et viens prendre ta place auguste Entre Rabelais et Ronsard !