‹ Poésies complètesChapitre 69 sur 151 · LE BON CRITIQUE · texte numérisé non relu

LE BON CRITIQUE

A'î-flcs^ons (i'Kisonaeli, dans la verte oasis

Uii » IiAteau de Wartbourg, en Tan douze cent six,

\.f' c îmlo palatin Hermann, le fier landsrrave

'^ ." iiiiinge et de Hesse, ayant fort bonne cave,

1; .;nit près de lui quatre beaux chevaliers

Poëtes, honorant ses murs hospitaliers,

Chanteurs de noble sang, qu'en tous Ueux accompagne

La louange, fameux dans les cours d'Allemagne;

C'étaient Walther von der Vogelweide, Reinhart

De Zwetzen, dès l'enfance illustre dans son art,

Wolfram d'Eschenbach, puis, ce gentilhomme insigne

Henri Schreiber, un aigle avec la voix d'un cygne.

Ces bons seigneurs, sans nul souci malencontreux, S'accordaient à merveille et vivaient bien entre eux; Ainsi que des oiseaux chanteurs se désaltèrent Dans le môme ruisseau limpide, ils supportèrent Sans se croire olTensùs par la comparaison, Qu'un jeune homme, officier obscur de la maison Du landgrave, nommé Bitterolf, osât même S'essayer après eux dajis mamt et maint poëme ; *

Mais alors que Henri d'Ofterdingen, bourgeois j

D'Eisenach, vint parmi tous ces cousins de rois Chanter aussi devant le comte Hermann, l'orage Éclata ; leur colère alla jusqu'à la rage, Et parfois leurs couteaux brillèrent dans le val. Or, n'ayant pu cli;. r ni tuer leur rival Oui brillait auprès d'eux comme une fleur dans l'herbe lis lui firent l'honneur de ce défi superbe : <i Luttons, lui dirent-ils, une fois tous les six ; Lt qu'ensuite, pour prix, la duchesse offre un lys

Au vainqueur; mais qu'aussi, tenant en main sa corde, Le bourreau soit présent, et sans miséricorde Qu*ii pende, balancé dans l'azur enchanté.

Celui qui devant tous n'aura pas bien chante. »

Henri d'Ofterdingen les avait laissés dire ; Il accepta leur offre avec un beau sourire El le combat eut lieu devant toute la cour.

Les habiles rhythmeurs s'enflammaient; tour à tour Ils chantèrent l'orgueil de leurs princes, l'empire De la Croix, Dieu clément pour tout ce qui respire, Les mystères cachés dans la Tour de Sion ; Comment au Ciel, après la résurrection, Le Corps pur et sans tache à l'Ame se marie, Les Anges, et surtout les gloires de Marie Qui tient, victorieuse, entre ses doigts vermeils, Des lys dont la splendeur efTace les soleils.

L'air était plein de chants comme un ciel qui s'embrase; Les princesses, les ducs ravis, pâles d'extase Souriaient, cependant que l'hoiinête bourreau Écoutait, rassemblant ses muscles de taureau. Et d'un œil exalté, comme un Grec des vieux âges, Approuvait les beaux mots et les fières images Et les coups d'aile en plein éther; mais quand le vol Du poète, alangui, venait raser le sol Avec lequel jamais un oiseau ne s'accorde, Ce critique ingénu, levant en l'air sa corde. Semblait dire : « Je crois que voici le moment. »

Oh! souvent, cœur naïf, quand si violemment Nous meurtrissons le vers qui boite, et sans mesure Quand nous violentons le mètre et la césure Comme un vent furieux tourmente l'eau d'un lac, Je pense à toi, brave homme, ô bourreau d'Elsenach!

Jnin 1875.

Il fut de votre race, ô nation choisie !

Il se donnait à vous qui, malgré les moqueurs,

Ne déserterez pas la sainte Poésie,

Et dont la soif de l'or n'a pas séché les cœurs I

Comme sa comédie où, voilé de tristesse, Murmure sous les cieux le rire aérien, Est à vous, hataillon sacré de la jeunesse, Nous vous la rapportons. Reprenez votre hien!

Le poëte pensif qui vous donna La Vie

De Bohême, adora dans ses rêves d'azur

La gloire, cette tmante ardemment poursuivie,

Et toujours se garda pour elle honnête et pur.

Ses héros sont peirfois mal avec la fortune :

Vous les voyez soupant au milieu des hivers

D'un sonnet romantique ou bien d'un clair de lune,

Mais fidèles, mais vrais, mais indomptés, mais fiers!

Leurs châteaux éclatants, faits d'un rêve féerique,

N'ont encore été vus par nul historien,

Et sont bâtis dans une Espagne chimérique,

Mais enferment l'honneur, sans lequel tout n'est rien

Vous recevrez chez vous ces hôtes en liesse.

Comme dlw voyageurs qui parlent d'nn ami.

Oui, vous applaudirez et l'esprit de la pièce Et votre doux Mdrgbr, k présent endormi !

Et vos regrets amers pour ce jeune poëte Emporté loin de nous par un vent meurtrier A. sa lyre à prés.ent détendue et muette Ne refusuLont pas quelques bfiius de laurieatL

Car vous êtes de ceux dont la pitié profonde Garde les verts rameaux qui croissent sous le ciel Pour les penseurs trop vite exilés de ce monde Et pour ce que les morts nous laissent d'immortel l

ao décembre 1865. «

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