BALLADE
Il était une fois trois rois
A rOrient , puissants tous trois :
Ils avaient juré par la gorge
Qu'ils feraient mourir Jean Grain-d'Orge.
Dans un sillon bien labouré , Tout vivant , ils l'ont enterré ; Puis ils ont juré par la gorge Qu'ils avaient tué Jean Grain-dOrge.
Mais le printemps revient joyeux, La pluie à tlots tombe des cieux :
Jean Grain-dOrge alors se relève ; C'est bien lui 1 ce n'est point un rêve !
Les soleils étouffants d'été Lui rendent vigueur et santé; Sa tête de dards se couronne :
Grain-d'Orge ne craint plus personne.
Le grave Automne succédant , Grain-d'Orge pâlit cependant; Son corps se courbe vers la terre, Sa tête penche; il dégénère.
Ses couleurs se fanent ; hélas !
C'est l'âge qui vient à grands pas!
Ses ennemis prennent courage , Ils vont donc assouvir leur rage.
Aiguisant un long coutelas,
D'un seul coup ils l'ont mis à bas ,
Et lié sur une charrette
Comme un faussaire cju'on arrête.
Sur le dos il est renversé ,
Il est bàtonné, fracassé ;
Puis à tous les vents on l'expose,
Tournant, tournant sans nulle pause.
Pauvre Grain-d'Orge! il faut les voir Remplir d'eau froide un grand trou noir, Et, sans nul respect do son âge, L'y jeter — enfonce ou surnage !
NOTICE SLR BURNS. xxxv
Voilà fiu'on la tiré de l'eau Pour le torturer de nouveau.
Il donne encor signe de vie I On le secoue avec furie 1
Sur la flamme alors ses bourreaux Brûlent la moelle de ses os ; Puis un meunier en fait sa proie , Entre deux pierres il le broie.
Ils ont pris le sang de son cœur.
Ils l'ont bu , chantant tous en chœur 1 Et plus ils boivent à la ronde , Plus dans leurs yeux la joie abonde.
Jean Grain-d'Orge avait, il le faut, Un sang bien généreux, bien chaud; Car, prenez-en la moindre goutte , Son ardeur en vous passe toute.
L'homme oublie alors son chagrin, Son bonheur même est plus serein ; La larme aux yeux encor brillante , La veuve entend son cœur qui chante.
A Jean Grain-d'Orge une santé !
Buvons à sa postérité ! Qu'elle soit féconde et précoce A jamais dans la vieille Ecosse l