‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 11 sur 267 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Il était une fois trois rois

A rOrient , puissants tous trois :

Ils avaient juré par la gorge

Qu'ils feraient mourir Jean Grain-d'Orge.

Dans un sillon bien labouré , Tout vivant , ils l'ont enterré ; Puis ils ont juré par la gorge Qu'ils avaient tué Jean Grain-dOrge.

Mais le printemps revient joyeux, La pluie à tlots tombe des cieux :

Jean Grain-dOrge alors se relève ; C'est bien lui 1 ce n'est point un rêve !

Les soleils étouffants d'été Lui rendent vigueur et santé; Sa tête de dards se couronne :

Grain-d'Orge ne craint plus personne.

Le grave Automne succédant , Grain-d'Orge pâlit cependant; Son corps se courbe vers la terre, Sa tête penche; il dégénère.

Ses couleurs se fanent ; hélas !

C'est l'âge qui vient à grands pas!

Ses ennemis prennent courage , Ils vont donc assouvir leur rage.

Aiguisant un long coutelas,

D'un seul coup ils l'ont mis à bas ,

Et lié sur une charrette

Comme un faussaire cju'on arrête.

Sur le dos il est renversé ,

Il est bàtonné, fracassé ;

Puis à tous les vents on l'expose,

Tournant, tournant sans nulle pause.

Pauvre Grain-d'Orge! il faut les voir Remplir d'eau froide un grand trou noir, Et, sans nul respect do son âge, L'y jeter — enfonce ou surnage !

NOTICE SLR BURNS. xxxv

Voilà fiu'on la tiré de l'eau Pour le torturer de nouveau.

Il donne encor signe de vie I On le secoue avec furie 1

Sur la flamme alors ses bourreaux Brûlent la moelle de ses os ; Puis un meunier en fait sa proie , Entre deux pierres il le broie.

Ils ont pris le sang de son cœur.

Ils l'ont bu , chantant tous en chœur 1 Et plus ils boivent à la ronde , Plus dans leurs yeux la joie abonde.

Jean Grain-d'Orge avait, il le faut, Un sang bien généreux, bien chaud; Car, prenez-en la moindre goutte , Son ardeur en vous passe toute.

L'homme oublie alors son chagrin, Son bonheur même est plus serein ; La larme aux yeux encor brillante , La veuve entend son cœur qui chante.

A Jean Grain-d'Orge une santé !

Buvons à sa postérité ! Qu'elle soit féconde et précoce A jamais dans la vieille Ecosse l

Page 1