‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 15 sur 267 · LES DEUX CHIENS · texte numérisé non relu

LES DEUX CHIENS

COXTE.

C'était dans cet endroit de l'Ecosse Oui porte le nom du vieux roi Coïl -, Par une belle journée de juin , Que , tuant le temps T après-midi .

Deux chiens (jui ne frayaient pas au logis Se rencontrèrent une fois.

Le premier (jue je nommerai . on l'appelait César : Son Honneur le gardait par pur agrément; Son poil , sa taille , sa gueule , ses oreilles Indiquaient que ce n'était point un chien d'Ecosse , Mais qu il était né dans certain endroit bien éloigné , Où les marins vont pécher la morue.

Son beau collier de cuivre . à serrure et à inscription , Annonçait un gentleman et un lettré ; Mais , quoiqu'il fût de haut rang , Du diable s'il en avait pour cela i)lus de tierté ; Et il aurait passé une heure à se caresser Même avec le roquet d'une bohémienne chaudronnière. A l'église ou au marché , au moulin ou à la forge , 11 n'était pas de chien si mal peigné Près de qui il ne s'arrêtât , enchanté de le voir. Et avec qui il ne pissât sur les pierres et les buttes.

L'autre était le chien d'un laboureur, Un rimeur, un bon vivant .

Oui l'avait pour ami et camarade .

Et dans sa fantaisie l'avait appelé Luath ,

1. Sous le titre un peu ambitieux de pot vies .sont comprises , dinis cette première partie, toutes les pièces de vers autres que les chansons,

2. Kyle ou Coïl , où naquit le poète, tire son nom de Coilus, roi dib Pietés.

D'après certain chien i de la chanson des Hautes Terres , Qui fut faite il y a long-temps — Dieu sait combien.

C'était le chien le plus sagace et le plus fidèle Qui eût jamais sauté rigole ou fossé.

Sa face honnête , engageante , rayée de blanc , Lui procurait des amis en tout lieu.

Son poitrail était blanc , son dos velu Etait couvert d'un bon habit d'un noir luisant ; Sa queue imposante , qui montait en boucle , Retombait en panache sur sa croupe.

Sans nul doute ils furent ravis lun de l'autre , Très-intimes et familiers ensemble ;

D'un nez sociable ils se flairèrent et se sentirent quelque temps; Quelque temps ils déterrèrent les souris et les taupes ; Quelque temps ils firent çà et là de longues excursions . Et se houspillèrent par passe-temps ; Jusqu'à ce que , las de s'amuser, Ils vinssent s'asseoir sur une butte .

Et là commença une longue digression Sur les maîtres de la création.

CÉSAR

Je me suis souvent demandé , honnête Lualh . Quelle sorte de vie mènent les pauvres chiens tels que ^ ous : Et . quand je voyais l'existence de la gentry. De quelle manière vivaient les pauvres diables.

Kotre laird touche ses rentes forcées , Son charbon de terre , sa volaille et toutes ses redevances ; 11 se lève quand bon lui semble ; Sa livrée répond à la sonnette ; Il demande sa voiture , il demande son cheval ; Il tire une belle bourse de soie Aussi longue que ma queue , où Georget De ses yeux jaunes lorgne à travers les mailles.

Du matin au soir on ne fiait Que cuire au four, rôtir, frire , bouillir ; Et , quoique la gentry soit la première à se gorger. Cependant même les gens de l'office s'emplissent le jabot De sauces , de ragoûts et de tant d'ingrédients semblables. Que c'est un vrai gaspillage , ou peu s'en faut. Notre valet , à nous , un petit avorton rabougri , Un misérable nain , ça vous a un dliior Meilleur que pas un des tenanciers Que Son Honneur ait sur toute sa terre : Quant à ce que les pauvres paysans nietliMtt dans leur panse , J avoue t|ue cela i)asse ma compréhension.

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