CÉS.VU
Eh 1 mon garçon, vous n'êtes guère au fait ; Au bien de la Grande-Bretagne ! bon Dieu 1 Si vous disiez plutôt : allant où les premiers miuistresle conduisent. Et di.sant tous les oui ou les non qu ils lui dictent : S'étalant aux opéras et aux théâtres.
Empruntant, jouant, .se mascjuant :
Ou peut-être bien, dans un jo>eux caprice. 11 pousse juscju'â La Haye ou Calais.
Pour faire un tour, une excursion.
Ap[)iiMi(lre le bon ton et voir le monde.
Là. à Vienne ou à "N'ersailles .
Il fait fitrce bi'èclies aux vieilles écunomies de son )>ère ;
POKSIES DE RURNS.
On il prond la ro\ifo ûo Madrid
Pour ra(l(M' do la liuitare et rombattro des taureaux ;
Ou il fouit les sites de l'Italie.
Pourchassant les tilles de joie sous les bois de ni\ rtes :
Puis il boit les eaux bourbeuses de lAlleniairne
Pour se donner meilleure mine et s'engraisser,
Et cflaeer les fâcheuses consétiuences
Des dons d'amour des siirnoras de carnaval.
Au bien de la Grande-Bretagne ! A sa destruction 1
A force de dissipation, de discordes et de cabale.
LL'.VTH.
Oh ! mon ami 1 mes chers messieurs ! est-ce par cette porte Que passent tant de si beaux domaines ? Quoi 1 nous nous exténuons , nous nous harassons , Pour que leur avoir s'en aille par cette voie en définitive ?
Oh ! s'ils voulaient rester loin des cours, Et se plaire aux amusements de la campagne , Tout le monde s'en trouverait mieux .
Le seigneur, le tenancier et le paysan 1 Quant à ces bons vivants francs coureurs , Du diable s'ils ont de mauvais cœurs 1 Excepté lorsqu'on leur casse leurs vieux arbres , Ou qu'on parle légèrement de leur maltresse , Ou qu'on leur tue un lièvre ou un coq de marais . Ils ne font jamais de mal aux pauvres gens.
Mais voulez-vous me dire, maître César, N'est-ce pas , la vie des grands est une vie de plaisir? Ni le froid ni la faim n'ont d'action sur eux, Ils n'ont pas à les craindre même en idée?
CÉSAR
Ah ! Seigneur, si vous étiez parfois où je suis , Vous n'envieriez jamais les gens comme il faut.
Il est vrai qu'ils ne sont pas exposés à geler ou à suer Dans les froids de l'hiver ou dans les (>haleurs de l'été; Ils n'ont pas de rude travail qui leur brise les os, Et remplisse leur vieillesse de douleurs et de gémissements ; Mais les humains sont de tels fous, Malgré tous leurs collèges et leurs écoles. Que lorsqu'aucun mal réel ne les atïlige, Ils se créent eux-mêmes des ennuis ; Et m.oins ils ont de motifs de tracas, Moins aussi il leur faut de choses pour les tourmenter. Un homme de campagne à la charrue , Une fois ses arpents labourés, est assez heureux ; Une fille de campagne à son rouet.
Ses douzaines faites, est très-contente:
Mais les messieuis et les dames c'est encore pis)
Sont accfililés du fardeau de leur désœuvrement ;
Ils languissent dans la paresse et la fainéantise;
Quoique du diable s'ils en aient sujet, ils sont mal à l'aise :
Leurs journées sont insipides , ennuyeuses et fades;
Leurs nuits, inquiètes, longues et sans repos :
Et même dans leurs divertissements, leurs bals et leurs courses,
Dans leurs cavalcades aux lieux publics.
Il y a tant d'ostentation , tant de pompe et d'art ,
Que le plaisir peut à peine arriver jusqu'au cœur.
Les hommes forment des parties de jeu.
Puis ils se plongent dans de profondes débauches ;
Une nuit, ils sont ivres de boisson et de libertinage:
Le lendemain, la vie leur est insupportable.
Les dames, bras dessus bras dessous, en groupes.
Se ressemblent par la taille et la grâce comme des sœurs ;
Mais , séparées, écoutez ce qu'elles pensent les unes des autres .
Elles sont devenues toutes des diablesses et des coquines.
Cependant, dans la toute petite tasse et la petite assiette,
Elles sirotent gentiment le breuvage de la médisance *;
Ou dans les longues, longues soirées, d'un air maussade.
Elles se penchent sur les livres peints du diable,
Risquent sur un enjeu la récolte d'un fermier.
Et trichent comme un gibier de potence.
11 y a quelques exceptions , homme et femme ; Mais c'est là communément la vie de la gentry.
Le soleil, cependant, avait disparu.
Et une lueur plus sombre annonçait la nuit ; L'escarbùt bourdonnait sa chanson indolente; Les vaches se tenaient mugissantes dans le sentier ; Ils se levèrent et secouèrent les oreilles. Se réjouissant d'être chiens , et non pas hommes; Et ils partirent chacun de son côté, Bien résolus à se rencontrer quelque autre jour.