‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 31 sur 267 · HISTOIRE VERITABLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE VERITABLE

Certains livres ne sont que mensonges d'un bout à l'autre , Et certains gros mensonges n'ont jamais été écrits. Même les ministres , on les a vus ,

Dans un saint entraînement , Débiter parfois une bourde énorme,

Et l'appuyer sur l'Ecriture.

Mais ce que je vais raconter,

Qui est arrivé récemment un soir.

Est aussi vrai qu'il l'est ([ue le diable est en enfer

Ou dans la ville de Dublin :

Qu'il vienne jamais plus près de nous,

C'est grand'pitié.

L'aie du hameau m'avait mis en gaieté;

Je n'étais pas ivre, mais j'en avais juste assez;

Je chancelais parfois, mais pourtant je prenais toujours garde

D'éviter les fossés; Et les buttes, les pierres et les buissons, je les distinguais toujours

Des fantômes et des sorcières.

La lune, cjui se levait, commençait à luire Par-dessus les montagnes lointaines de Cumnock : Je me mis à compter ses cornes

Avec grand .soin; Mais si elle en avait trois ou quatre ,

Je ne saurais le dire.

J'avais tourné la montagne.

Et j'arrivais tout branlant au moulin de Willie ,

Posant mon bâton avec toute l'adresse possible

Pour assurer mon pas ; Quoique de temps en temps, contre mon gré. je fusse entraîné

A la dérive.

Là je rencontrai quelque chose

Qui me mil dans une irrésolution plc'uK^ d'elVroi;

Une faux imposante ])ar-dessus une ép;nili'

Vacillante iiendait; l'iK^ founli(> à trois dents él.iit posée sur 1 .iiilre.

(îrit-sse et loniiue.

POÉSIES DE BLUNS. 23

Sa stature semblait être de deux aunes d Ecosse;

Sa tournure était la plus singulière que j'aie jamais vue,

Car du diable s'il avait un ventre!

Et j)uis . ses jambes .

Elles étaient aussi minces, aussi effilées et menues,

Que deux gourmettes en bois.

« Bonsoir. » dis-je; « lami! avez-vous été fau<her. Tandis (jue les autres sont occupés à semer * ? » Il parut faire une espèce de halte,

Mais sans parler ; A la fin, je lui dis : « Lami. où allez-vous?

Voulez-vous revenir sur vos pas? >

11 dit d'une voix toute creuse : — « Mon nom est le Trépas, Mais n'aie pas peur. » — Je dis : << Ma foi. Vous êtes peut-être venu pour muter la vie;

Mais écoutez-moi bien . mon garçon :

Je vous donne un bon conseil : prenez garde de vous faire mal ,

Voyez , voici un couteau ! »

« Jeune homme. » dit-il. « serrez votre petit couteau, Je n'ai pas dessein dessayer sa vigueur; Mais si cela était . je serais prompt

A la besogne , Et je ne m'en soucierais pas tant que de ce crachat que je lance

Par-dessus ma barbe. »

« C'est bon, c'est bon. » dis-je, « tope;

Voyons, donnez-moi la main, nous sonmies donc d accord;

Nous allons reposer nos jambes et nous asseoir;

Voyons , dites vos nouvelles?

Ces temps-ci * vous avez frappé à la porte

De bien des maisons. »

c< Oui , oui '. » dit-il , et il secouait la tète , « Il y a long-temps, long-temps , en vérité, Que j'ai commencé à trancher le fd ,

Et à couper la respiration :

Les hommes doivent faire quelque chose pour gagner leur pam,

Et ainsi fait le Trépas.

» Six mille ans sont quasi écoulés Depuis que je fais mon métier d'égorgeur. Et c'est en vain qu'on a combiné bien des plans Pour m'arrèter ou m'estropier;

1. Cette rencontre eut lieu à l'époque des semailles , en 1785. [Xole de Vauleur.) — 2. Une tièVre épidémi4ue uvuit ravagé le pays.

2i POESIES DE HL'HNS.

Jusqu'à ce qu'un certain Hornbook ^ ait pris l'olTairc en main, Et , ma foi. il me vaincra.

« Vous connaissez Jack Hornbook dans le hameau , Que le diable fasse de sa panse un sac à tabac. 11 a si bien fait connaissance avec Buchan ^

Et autres compères, Que les enfants me font les cornes en riant

Et me lardent les hanches.

» Tenez, voici une faux, et voici un dard, Ils ont perce plus d'un vaillant cœur; Mais le docteur Hornbook, avec son art

Et son habileté maudite, A tant fait qu'à eux deux ils ne valent pas un p-t:

Du diable s'ils peuvent rien tuer.

» Hier seulement, sans aller plus loin.

J'ai lancé à quelqu'un un coup superbe ;

Avec moins, certainement, j'en ai tué des centaines;

Et, néanmoins, J ai touché un i)eu l'os,

Mais rien de plus.

» Hornbook était à côté, prêt à la lutte, Et il avait si bien fortifié l'endroit , Que lorsque je regardai mon dard ,

H était si émoussé.

Que du diable s'il aurait percé le cœur

D'un chou vert.

» Je tirai ma faux avec une telle furie , Que je tombai presque de l'élan; Mais pourtant le hardi apothicaire

Soutint le choc ; J'aurais pu aussi bien m' attaquer à une carrière

De dur roc.

» Ceux mêmes qu'il ne peut pas visiter,

11 a beau n'avoir jamais vu leur visage.

Pourvu qu'ils dans une feuille de chou, et (ju ils l'envoient,

Sitôt qu'il la sent, 11 dit t^ut de Buite et leur maladie ,

Et ce qui la guérira.

» Et puis les scies d'un docteur, et les couteaux

De toute dimension, de toute forme et de toute force,

1. Le docteur Hornbook est , par état, membre de l'ordre souverain de la Férule ; mais, par intuition et inspiration, il est à la fois apottiicairc, chirurgien et médecin. — 2. La ^Jédecine domestique de Buchan.

POÉSIES DE BLHNS. 20

Toutes les espèces de boites, de pots et de tlyooiis,

Il est sur de les avoir; Leurs noms latins, il les débite aussi vite

Que lA B C.

» Chaux de fossiles , terre et arbres ; Vrai sel marin des mers, Farine de fèves et de pois ,

11 a de tout en quantité; Eau de fontaine , ce que vous voudrez :

11 peut vous contenter.

» De plus , instruments nouveaux et peu communs ,

Esprit d'urine de chapons ;

Raclures, limaille, ratissures de corne de mite

Distillées per se:

Sel alcali de rognures de queue de cousin,

Et bien d'autres choses. »

'< Tant pis pour le trou de Johnie Ged ^ maintenant, v

Dis-je . « si ces nouvelles sont vraies 1

Son bel enclos, où les marguerites croissaient

Si blanches et si jolies, Nul doute qu'ils vont y passer la charrue;

Ils ruineront Johnie 1 »

La créature hurla un rire affreux .

Et dit : « Vous n'avez pas besoin d'atteler la charrue ,

Les cimetières seront bientôt assez labourés,

N'ayez pas peur :

Ils seront tous entrecoupés de mainte fosse

Dans deux ou trois ans.

y> Pour un homme que je tuais de sa belle mort, Par perte de sang ou manque de respiration , Cette nuit je puis bien jurer

Que le savoir-faire de ce Hornbook En a revêtu une vingtaine de leur dernier vêtement

Par ses gouttes ou ses pilules.

» Un honnête tisserand de son métier.

Dont la femme n'avait pas les deux mains bien propres à la besogne,

Acheta pour quatre sous de (pioi lui guérir sa tète

Qui était malade; La femme se glissa tout doucement dans son lit ,

Mais jamais plus ne parla.

» t'n laird de campagne avait attraiié des vers Ou des borborygmes dans les intestins :

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