‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 40 sur 267 · MORT ET DERNIÈRES PAROLES DE LA PAUVRE MAILIE · texte numérisé non relu

MORT ET DERNIÈRES PAROLES DE LA PAUVRE MAILIE

l'unique brebis de L AlTEl'R , HISTOIRE EXTRÊMEMEXT AFFLIGEANTE.

Un jour que Maille et ses agneaux

Etaient à brouter ensemble dans les limites de leur corde , Elle passa son pied dans un nœud coulant. Et en luttant elle tomba dans le fossé : Là, gémissante, mourante, elle gisait.

Quand Hughoc vint traînant la jambe par là. Les yeux grands ouverts et les mains levées , Le pauvre Hughoc resta comme une statue ; 11 la voyait prés de finir ses jours , 'Mais, ù malheur", il n'y pouvait remédier ! \\ était bouche béante, mais ne disait rien. — A la fin la pauvre Mailie rompit le silence.

« 0 toi , dont la face lamentable Parait avoir pitié de ma funeste position ! Ecoute attentivement mes dernièies paroles. Et porte-les à mon cher maître.

)' Dis-lui . si jamais il a encore De quoi acheter des brebis , Oh ! conseille^lui de ne plus jamais les attacher Avec de maudites cordes de chanvre ou de crin ! Mais de les mener au parc ou à la montagne . Et de les laisser errer à volonté ;

lô POÉSIES DE BLHNS.

Et puisse son troupeau s'accroître , et mouti-r A des vingtaines d'agneaux et de ballots de iaino.

» Dis-lui qu'il a été un doux maître.

Et toujours bon pour moi et les miens ; Et maintenant je lui fais la recommandation d'une mourante. Je lui confie mes agneaux privés de secours.

» Oh '. engage-le à préserver leur innocente vie Des chiens , et des renards , et du couteau des bouchers 1 Et à leur donner de bon lait de vache leur suffisance . Jusqu'à ce qu'ils soient en état de se nourrir eux-mêmes: Et à les approvisionner exactement, soir et matin, De quelques poignées de foin et de blé.

» Et puissent-ils ne jamais prendre les manières Des autres indignes et turbulents agneaux 1 Ne jamais s'échapper par les trous des clôtures, et errer, et voler Dans les tas de pois et les trognons de choux verts. Et puissent-ils , comme leurs grands parents , Pendant bien des années passer par les ciseaux : Alors les femmes leur donneront de petits morceaux de pain. Et les enfants pleureront sur eux quand ils seront morts.

» Mon pauvre agneau mâle, mon fils et héritier, Oh 1 dis-lui de l'élever avec soin , Et, s'il vit assez pour être un bélier, De mettre quelques bons sentiments dans son cœur !

» Et conseille-lui . ce que je ne veux pas dire moi-même .

De se contenter des brebis de la maison :

Et de ne pas courir et user ses sabots .

Comme d'autres brutes impudentes et perverses. » Et puis toi , mon innocente petite brebis .

Dieu te garde d'être mise à l'attache.

Oh ! puisses-tu ne jamais te rencontrer

Avec un bélier ruiné des landes ,

Mais toujours avoir soin de brouter et de te mêler

Avec des brebis de considération comme toi.

» Et maintenant, mes enfants, à mon dernier soupir

Je vous laisse ma bénédiction à tous deux :

Et, quand vous penserez à votre mère.

Songez à être bons l'un pour l'autre!

» Maintenant, honnête Hughoc, ne manque pas

De redire à mon maître toutes mes paroles.

Et recommande-lui de brûler cette niauditi' corde:

Et, jjour la peine, tu auras ma vessie. »

Cela dit, la pauvre .Mailie touina la tête.

Et ferma les yeux parmi les morts.

POKSIES DE BCRNS. A<

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