MORT ET DERNIÈRES PAROLES DE LA PAUVRE MAILIE
l'unique brebis de L AlTEl'R , HISTOIRE EXTRÊMEMEXT AFFLIGEANTE.
Un jour que Maille et ses agneaux
Etaient à brouter ensemble dans les limites de leur corde , Elle passa son pied dans un nœud coulant. Et en luttant elle tomba dans le fossé : Là, gémissante, mourante, elle gisait.
Quand Hughoc vint traînant la jambe par là. Les yeux grands ouverts et les mains levées , Le pauvre Hughoc resta comme une statue ; 11 la voyait prés de finir ses jours , 'Mais, ù malheur", il n'y pouvait remédier ! \\ était bouche béante, mais ne disait rien. — A la fin la pauvre Mailie rompit le silence.
« 0 toi , dont la face lamentable Parait avoir pitié de ma funeste position ! Ecoute attentivement mes dernièies paroles. Et porte-les à mon cher maître.
)' Dis-lui . si jamais il a encore De quoi acheter des brebis , Oh ! conseille^lui de ne plus jamais les attacher Avec de maudites cordes de chanvre ou de crin ! Mais de les mener au parc ou à la montagne . Et de les laisser errer à volonté ;
lô POÉSIES DE BLHNS.
Et puisse son troupeau s'accroître , et mouti-r A des vingtaines d'agneaux et de ballots de iaino.
» Dis-lui qu'il a été un doux maître.
Et toujours bon pour moi et les miens ; Et maintenant je lui fais la recommandation d'une mourante. Je lui confie mes agneaux privés de secours.
» Oh '. engage-le à préserver leur innocente vie Des chiens , et des renards , et du couteau des bouchers 1 Et à leur donner de bon lait de vache leur suffisance . Jusqu'à ce qu'ils soient en état de se nourrir eux-mêmes: Et à les approvisionner exactement, soir et matin, De quelques poignées de foin et de blé.
» Et puissent-ils ne jamais prendre les manières Des autres indignes et turbulents agneaux 1 Ne jamais s'échapper par les trous des clôtures, et errer, et voler Dans les tas de pois et les trognons de choux verts. Et puissent-ils , comme leurs grands parents , Pendant bien des années passer par les ciseaux : Alors les femmes leur donneront de petits morceaux de pain. Et les enfants pleureront sur eux quand ils seront morts.
» Mon pauvre agneau mâle, mon fils et héritier, Oh 1 dis-lui de l'élever avec soin , Et, s'il vit assez pour être un bélier, De mettre quelques bons sentiments dans son cœur !
» Et conseille-lui . ce que je ne veux pas dire moi-même .
De se contenter des brebis de la maison :
Et de ne pas courir et user ses sabots .
Comme d'autres brutes impudentes et perverses. » Et puis toi , mon innocente petite brebis .
Dieu te garde d'être mise à l'attache.
Oh ! puisses-tu ne jamais te rencontrer
Avec un bélier ruiné des landes ,
Mais toujours avoir soin de brouter et de te mêler
Avec des brebis de considération comme toi.
» Et maintenant, mes enfants, à mon dernier soupir
Je vous laisse ma bénédiction à tous deux :
Et, quand vous penserez à votre mère.
Songez à être bons l'un pour l'autre!
» Maintenant, honnête Hughoc, ne manque pas
De redire à mon maître toutes mes paroles.
Et recommande-lui de brûler cette niauditi' corde:
Et, jjour la peine, tu auras ma vessie. »
Cela dit, la pauvre .Mailie touina la tête.
Et ferma les yeux parmi les morts.
POKSIES DE BCRNS. A<