‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 39 sur 267 · REQUÊTE AU DIABLE · texte numérisé non relu

REQUÊTE AU DIABLE

O prince ! û chef de nombreuses puissances couronnées , Qui conduisis les phalanges des séraphins à la guerre —

MiLTON.

0 toi, quel que soit le titre qui te convienne, Vieux cornu, Salaii, Nick, ou pied fourchu, Qui là-bas dans ta caverne sombre et enfumée.

Enfermé sous les écoutilles, Fais jaillir autour de toi l'écuelle de soufie

Pour échauder les pauvres malheureux 1

Ecoute-moi un peu . vieux bourreau ,

Et laisse là les pauvres damnés ;

Je suis sûr que cela ne peut pas faire grand plaisir

Même à un dial)le De battre et déchauder de pauvres chiens tels ([ue moi.

Et de nous entendre crier 1

Grand est ton pouvoir, et grande ta renommée;

Connu au loin et célèbre est ton nom ;

Et quoique tout là-bas cette mine de charbon embrasé soit ton

Tu voyages loin : [séjour.]

Et, ma foil tu n'es ni lambin ni boiteux,

Ni timide ni craintif.

Tantôt, rôdant comme un lion rugissant .

Tu cherches ta proie dans tous les trous et tous les coins;

Tantôt volant sur la tempête aux fortes ailes ,

Tu enlèves les toits des églises; Tantôt, fouillant dans le cœur humain,

Tu t'y tapis inaperçu.

J ai entendu dire à ma vénérable grand mère

Que vous aimez à errer dans les vallons solitaires;

Ou (pie. là où les vieux châteaux en ruines de leur tète grise

Sahient la lune , Vous effrayez les pas de l'homme qui erre la nuit

Par do lugubres mui'isscments.

POESIES DE liLiLNS. ;j7

Uiuind le (.lépusculo appelait ma giand'int'ic

A (lire ses prières, la sa.L^e et liciiiièti^ feinine !

Souvent elle vous a entendu bourdoiuier derrière la muraille

Avec un murmure (|ui faisait peur ; Ou bruire en passant à travers les sureaux

Avec un profond frémissement.

Une lugubre, orageuse nuit d'hiver,

Une les étoiles dardaient une lueur oblique.

De vous moi-même j'ai pris frayeur

Au delà du lac ; Vous . comme une touffe de jonc . vous vous teniez en vue .

Avec un balancement plaintif.

Le bâton trembla dans ma main .

Chaque cheveu hérissé se tint droit comme un [neu.

Lorsquavec un horrible et creux hum — hum —

Du milieu des eaux Vous vous envolâtes , comme un canard .

Sur des ailes siiïlantes.

Que les magiciens refrognés et les sorcières flétries

Disent comment avec vous, à cheval sur l'herbe de Saint-Ja' (jne?,

Us effleurent les bruyères et les rocs vertigineux

Avec une vitesse infernale; Et dans les cimetières renouvellent leurs pactes

Sur les morts déterrés.

De là vient cjue ces ménagères do campagne, avec^labeur et peine, Peuvent plonger et replonger en vain la baratte : Car, hélas 1 le trésor jaune a été pris

Par un perllde maléfice ; Et la vache chojée, de douze pintes, est devenue

Aussi aride que le bœuf.

De là vient (pie des nœuds mystérieux font un iirand affront Aux jeunes gens passionnés . vifs et pleins de feu . Quand le meilleur outil de la maison ,

Par un adroit sortilège .

Est réduit à ne pas valoir un pou

Juste au moment iK'cisif.

Quand les dégels dissolvent les amas de neige, Et que flotte la croûte sonore de gla(M> . Alors les Esprits de l'eau hantent le fleuve

Par votre ordre .

Et les voyageurs anuités sont attirés

A leur perte.

m souvent vos feux-follets qui traversent la mousse

Leurrent l'homme ivre qui s'est attardé :

De leur flamme les maudits , malfaisants singes

Abusent ses yeux.

Jusqu'à ce que dans quelque fondrière fangeuse il s'enfonce

Pour ne plus se relever.

Quand la parole mystique et la fourche des francs-maçons Dans les orages et les tempêtes vous évoquent , Un coc[ ou un chat doit arrêter votre rage,

Ou , chose étrange à dire !

Vous emporteriez le plus jeune frère

Droit en enfer 1

11 y a long-temps, dans le beau jardin de l'Eden ,

Quand les jeunes amants pour la première fois furent accouplés.

Et que leur àme s'ouvrait tout entière à l'amourj

En cette heure d'ivresse .

Si douce sur l'herbe odorante et fleurie ,

Sous l'ombrage toufl'u :

Alors vous, vieux chien artificieux, Vous vîntes au paradis incognito , Et jouâtes à l'homme un maudit tour

(jS'oir soit votre lot ! ) , Et donnâtes au monde enfant un choc

Qui l'a presque perdu.

Vous rappelez-vous ce jour où tout en hâte , Avec des haillons enfumés et une perruque râpée . Vous avez présenté votre sale face

En bonne compagnie , Et avez lancé de côté sur l'homme de Hus

Votre acre plaisanterie ?

Et comment vous l'avez courbé sous votre joug . Et l'avez dépouillé de ses maisons et châteaux, Tandis que les gales et ulcères lécorchaient

De leurs griffes mordantes , Et que, déchaînée, sa mégère de femme, à la langue mauvaise)

Etait pire {|ue tout ?

Mais récapituler fous vos faits,

Vos pièges perfides et vos luttes acharnées

Depuis ce jour où Michel vous perça

.lusqu'à ce temps-ci .

Lasseiait une langue des Basses ou Hautes-Terres

En prose ou vers.

Et maintonant. vieux pied fourchu, je sais que vous pensez Uue la dissipation et la boisson, à quelque heure malheureuse, Enverra certain barde trébuchant

Dans votre trou noir ; Mais, ma foi, il fera un détour de côté ,

Et vous attrapera encore.

Mais , adieu , cher vieux >>ickie !

Ohl si vous vouliez réfléchir et vous amender 1

Vous pourriez peut-être — je ne sais pas —

Courez-en toujours la chance — Je suis triste de penser â cette caverne-là ,

Quand ce ne serait que pour vous 1

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