SONGE
Pensées, paroles et actions, le statut blâme tout avec raison. Mais assurément les songes n'ont jamais été accusés de trahison.
( En lisant , dans les papiers publics , « l'Ode d\i Lauréat , " avec l'autre morceau dapparat du 4 juin 1786. l'auteur ne se fût pas plutôt endormi qu'il se crut transporté au lever du Koi , je jour de naissance; et , dans son imagination de rêveur, il lui pré.sentii I'aure^se suivante. I
Bonjour, votre Majesté 1
Puisse le ciel accroître votre bonheur A chafjue anniversaire de votre naissance que vous voyez,
C'est le désir d'un humble poète 1 Ma l)arderie ici, à votre lever.
Un jour tel (|ue celui-ci,
POESIES DE iiUKÎsS. 47
Est certes une étrange chose à voir Parmi ces toilettes de fête Si belles en ce jour.
Je vois que vous êtes assiégé de compliments
Par bien des lords et des ladies ; « Dieu %auve le roi '. » est une chanson de coucou
Que Ton dit toujours très-aisément ; Les poètes aussi, bande vénale.
Avec des vers bien tournés et faciles , Voudraient vous faire croire que vous ne faites jamais mal,
Mais que vous êtes toujours infaillible et sûr En un tel jour.
Pou.r moi, en face d'un monarque,
Même là je ne veux pas flatter; Cor d'une pension , charge ou place,
Je ne suis pas votre humble débiteur : Ainsi, sans faire injure à votre Grâce,
Ni dilTamer votre royauté, 11 y en a eu beaucoup de pires de votre race,
Et peut-être un a été meilleur Que vous en ce jour,
Il est très-vrai, mon souverain.
Que mon habileté peut bien être mise en doute: Mais les faits sont des gaillards qui ne se laissent pas battre
Et qu'on ne peut pas discuter :
Votre nid royal , sous votre aile ,
Est bien dépouillé et maltraité, Et maintenant il n'aura à l'entour
Que le tiers et même moins de la corde Qu'il eut un jour i.
Loin de moi de prétendre
Blâmer votre législation, Ou dire que vous manquez de sagesse ou de feu
Pour gouverner cette puissante nation !
Mais, ma foi ! je crois fort, Sire,
l. Allusion aux traités de 1783 qui rèconmircnt l'indépendance des Etats-Unis, et qui rendirent lu Louisiane à l'Espagne. [N, du Irad.'
iS POESIES DE KLKNS.
<,)uc vous avez coiitié radministialion A (les çrarncmcnts qui. dans une granç:e ou une éîable. Auraient mieux rempli leur ])lace
Que dans les cours ce jour-là.
Et maintenant que vous avez donné la paix à la vieille Breta;:n(? .
Comme emplâtre à ses jambes brisées , Votre rigoureuse taxe la tond
Jusqu'à ce quil lui reste à peine un teston ; Quant à moi , Dieu merci , ma vie est un bail
Qu'aucun marché ne peut faire courir plus vite; Sans cela, ma foi '. je craindrais qu'avec les oies
Il ne me fallût bientôt paître
Dans le clos quelque jour.
Je ne doute pas que AVillie Pitt ,
Quand il accroît les taxes (Et "NVill est l'enfant d'un vrai bon garçon,
C'est un homme que l'envie ne salit pas , Is'ait l'intention de payer votre dette.
Et d'alléger toutes vos charges ; Mais, pour l'amour de Dieu ! qu'aucune manie d économie
Ne diminue vos belles barges Et barques en ce jour.
Adieu, mon souverain 1 puisse la liberté lever la tête
Sous votre haute protection :
Et puissiez-vous allonger le cou de la corruption
Et la donner à disséquer 1 Mais, puisque je suis ici, je ne négligerai pas,
Dans ma loyale et vraie affection.
D'offrir à votre reine , avec le respect du ,
Ma foi et soumission
En ce grand jour de naissance.
Salut, très-excellente Majesté,
Tandis (pie les nobli^s s empressent à vous ])laire, Voulez-vous accepter le compliment
Que vous offre un simple poète ?
Cette jolie couvée (|ue le ciel vous a donnée,
Puisse-t-olle vous élever plus haut encore En bonheur, jusipià ce (jue la destinée (luelque j(jur suit envoyer
injtsiEs i)L liUU>s. iy
Pour vous (lôlivrcr à jamais De souci co juur-!ii.
Pour vous, jouno potentat de Galles.
Je dis franchement à votre Altesse Qu'au courant du plaisir, à pleines voiles,
On m'assure que vous vous lancez merveilleusement ! Mais quelque jour vous pourrez bien vous mordre les ongles,
Et maudire amèrement votre folie, D'avoir jamais violé les lois de Diane,
Ou fait résonner les dés avec Charlie ^ De nuit ou de jour.
Mais souvent on a vu un poulain mal peigné
Devenir un noble cheval :
Ainsi vous pouvez posément remplir un trùne.
Malgré tout leur bavardage :
Tenez , celui qui brilla à Azincnurt 2,
Il y en eut peu de meilleurs ou de plus braves: Et pourtant, avec ce plaisant original de sir John ^
Ce fut un prodigieux farceur
Pendant bien des jours.
Quant à vous, très-révérend Osnaburg '',
Personne ne porte mieux les manches de linon : Pourtant vm ruban à votre oreille
Eût été un complément de toilette :
Comme vous ne reconnaissf^z pas cet orgueilleux clilen
Qui tient les clefs de Pierre, Alors vite! prenez une épouse à caresser,
Ou, vraiment! vous souillerez la mitre Quelque malheureux jour.
Uoyale , jeune culotte goudronnée ^, j'apprends Que dernièrement vous êtes venue par le travers
Dune glorieuse galère ^ de la proue à la poupe Bien équipée pour le trafic dtv Vénus ;
Mais commencez par arborer, afin (ju'elle distingue
1. Charles Fox. — 2. Henry V. — 3. r.ilstaff. — 4. Le duc d'York. — 5. Guillaume IV, alors duc de Clarencc. — 6. .Mlusiou à la relation laite par un journal, des amours d'un certain marin royal.
oO POESIES DE BLUNS.
Votre chartre nuptiale :
Puis jetez à bord votre grappin de fer, Et en plein sur sa hanche Venez ce jour-là .
Vous toutes, enfin, jolies fleurs.
Charmantes filles royales , Que le cipl vous rende aussi bonnes que belles,
Et vous donne des prétendants en quantité ; Mais ne méprisez pas les enfants de la Bretagne,
Car les rois sont toujours très-rares, Et les grands d'Allemagne sont assez petits ;
Ils valent toujours un peu plus que besoin n'est , }s importe quel jour.
Dieu vous bénisse toutes 1 Considérez maintenant
Que vous êtes extrêmement choyées ; Mais, avant que le cours de la vie s'arrête.
Il peut devenir amèrement salé :
Et j'en ai vu leur écuelle pleine.
Qui pourtant ont boudé devant ; Mais avant la fin du jour, je crois .
Elles en ont gratté le fond
A s'y mirer ce jour-là.