‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 44 sur 267 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Le soleil avait clos la journée d hiver.

Les joueurs de curling i avaient (juitté leur jeu bru\ant ;

Le lièvre aflamé avait pris sa route

Vers les plants de choux verts , Tandis (jue la neige perfide trahit

Chaque pas qu'il a fait.

Le fléau harassant du batteur t-n grange

M'avait fatigué tout le jour ;

ï:t lorstpie le jour eut fermé son «-il ,

l. Jeu qui consiste à fiiire glisser sur la glace, vers un but, de grosses pierres de 40 à bO livres. (N. d. Irad.)

POÉSIES DE BURXS. ol

Hien loin à lorrident, Au fond du parloir, tout pensif.

J'allai me reposer.

Là , solitaire , au coin du feu ,

Je m'assis et regardai la fumée qui, vomie,

Emplissait dune vapeur suffocante

La vieille maison d'argile; Et j'entendis les rats, toujours en mouvement, crier

Sous le toit.

Tout entier dans cette atmosphère d'atomes et de brume, Me reportant en arrière, je songeais au temps perdu, Comme quoi j'avais passé le printemps de ma vie

Et n'avais rien fait Qu'enfiler des niaiseries en rimes

Pour faire chanter des fous.

Si j'avais écouté un bon avis.

J'aurais pu, à cette heure, faire la loi au marché,

Ou me carrer dans une bancfue et écrire

Mes comptes de caisse :

Tandis qu'ici, à moitié fou, à moitié nourri, à moitié vêtu,

"\'oilà le total.

Je me levai en murmurant : Imbécile '. niais 1 Et tendis vers le ciel ma main gonflée Pour jurer, par toute cette voûte étoilée .

Ou quelque autre indiscret serment , Que désormais je serais à l'épreuve de la rime

Jusqu'à mon dernier soupir —

Quand, tictac 1 la corde tira lo loquet : Et, crac', la porte alla rejoindre le mur: Et je vis , à la lueur de mon feu ,

Qui en ce moment (lamhait clair, Une jeune fille étrangère , belle et bien mise .

Apparaître en plein.

Vous vous doutez bien que je gardai le silence : Le serment naissant fut écrasé à moitié formé : J'avais l'air aussi effrayé que si j'eusse été jeté

Dans quelque vallon sauvage ; Quand , charmante comme le mérite modeste . elle rougit

Et entra.

De vertes, minces branches de houx, garnies de feuilles, S'entrelaçaient gracieusement autour de son front , Je la pris pour quel(|ue muse écossaise A ce siiiue.

•>2 POÉSIES DE RlllNS.

Venue pour prévenir ces vœux imprudents Qui bientôt seraient violés.

Des « traces d'extravatrance sentimentale » Etaient fortement empreintes sur son visage ; Une grâce rustique, sauvagement spirituelle,

Brillait en plein sur elle:

Son œil, même lorsquil ne regardait que le vide,

Etincelait du feu de l'honneur.

Sa robe, en tartan aux vives couleurs, flottait

De manière à laisser voir à peine la moitié dune jambe :

Et quelle jambe 1 Celle de ma belle Jeanne

Pourrait seule légaler:

Si droite, si mince du bas, si nette et si propre

Qu'aucune autre n'en approchait.

Son grand manteau, de couleur verdâtre.

Attira principalement mes regards émerveillés ;

Des nuances claires et foncées, mélangées hardiment, jetaient

Un grand lustre.

Et semblaient, à ma vue étonnée,

Une terre bien connue.

Ici des rivières se perdaient dans la mer,

Là des montagnes s'élançaient jusqu'aux cieux :

Ici des vagues houleuses dessinaient la côte

De leur écume grossissante.

Là dans le lointain brillait, sublime honneur de l'art.

Le dôme seigneurial ;

Ici le Doon versait ses flots venus de loin .

Là llrwine bien nourri mugissait majestueusement :

Le vieil ermite Ayr se glissait à travers ses bois

Jusqu'au rivage:

Et maint torrent plus petit s'enfuyait ,

Trahi par son rugissement.

En bas, étendu dans une vallée sablonneuse,

Un ancien bourg levait la tète ;

Toujours, comme on le lit dans l'histoire d'Ecosse,

11 se vante d'une race.

Elevée à toutes les plus nobles vertus

Et à la grâce polie.

Près de la tour imposante ou du beau palais. Ou dos ruines suspendues dans l'air.

Dos tiges hardies de liéros çà et là pouvaient se discerner:

Los uns semblaient rêver, d'autres semblaient oser. Sévères de traits.

Mon cœur sentit \m brûlant transport De voir une race i héroïque se dérouler, Et brandir à l'entour l'acier noir de sang,

A coups vigoureux , Tandis que, reculant, semblaient chanceler

Leurs ennemis du sud-.

Le sauveur de son pays ^ , remarquez-le bien !

Le chant héroïque du hardi Richardton ■'' ,

Le chef qui sur les bords du Sark ^ tomba glorieusement

Dans un poste élevé; Et celui que les destins impitoyables chassèrent

De sa terre natale.

Là où l'ombre d'un Picte , le sceptre en main ° , Erre autour de ses cendres déposées en terre, J'aperçus une race martiale, peinte

De couleurs vigoureuses; Hardis, les traits guerriers, intrépides,

Ils marchaient à grands pas.

Au travers de maint bois sauvage, romantique". Près de maint abri fait pour plaire à un ermite (Lieux propices à l'amitié ou à l'amourj,

L'humeur rêveuse, Je vis un vieux juge errer,

Faisant le bien.

Profondément frappé d'une crainte respectueuse^,

Je vis les savants père et fils;

Au dieu de la Nature et à la loi de la Nature

Ils consacraient leur savoir ; Celle-ci , pour en tirer tout principe et toute fui ;

Celui-là , pour l'adorer.

Je pus bien découvrir le brave pupille de Brydone ^ Sous l'œil souriant de la vieille Ecosse ;

1. Les Wallace. — 2. Les Anglais. — 3. William Wallace. — 4. Adam 'Wallace de Richardton , cousin de l'immortel sauveur de l'indépendance écossaise. — 5. Wallace, laird de Craigie, qui commandait sous Douglas, comte d'Ormond , à cette bataille où il fut blessé à mort , en 14-lS. — (3. Coïlus , roi des Pietés , qui a donné son nom au district de Kyle, est enterré, suivant la tradition, près de la résidence des Montgomery de Coils-Field. — 7. Barbkimming, résidence de sir Thomas Miller de Glenlec , président de la cour de section. — 8. Catrine, résidence du professeur Dugald Stewart. —9. Le colonel Fullarton.

Lef[uel d'en bas appelait la Renommée Pour quelle Taidàt à monter

Au lieu {''levé où maint nom de patriote Et de héros brillait.

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