MAI
J'ai long-temps pensé, mon jeune ami.
A vous envoyer quelque chose .
Quand cela ne devrait avoir d'autre but
Qu'un affectueux souvenir ; Mais ce que deviendra mon sujet, ,
Que le temps et la chance en décident : Peut-être tournera-t-il en chanson,
Peut-être tournera-t-il en sermon.
Vous allez bientôt vous lancer dans le monde . mon garçon :
Et , croyez-moi , mon cher André , Vous trouverez les hommes une race étrange ,
Et ils pourront vous faire bien du chagrin : Attendez-vous à des peines et à des soucis.
Même quand votre but est atteint ; Et toutes vos vues peuvent aboutir à rien ,
Quoique chaque nerf ait été tendu.
Je ne dirai pas , les hommes sont tous des scélérats ;
Les méchants réellement endurcis Qui n'ont d'autre frein que la loi humaine
Sont restreints à un petit nombre ; Mais, hélas ! les hommes sont très-faibles,
Et l'on ne peut guère se fier à eu\ : Si l'égoïsme dérange la balance chancelante.
Elle est rarement remise droite '.
Pourtant ceux qui succombent dans la lutte de la fortune.
Nous ne devrions pas censurer leur destinée: Car ils peuvent toujours également accomplir
La fin importante de la vie ; Un homme peut avoir un cœur honnête .
Quoique la pauvreté ait l'œil sur lui à toute heure : Un homme peut prendre le parti d'un voisin.
Et pourtant n'avoir pas d'argent à lui donner.
Toujours franc, contez sur-le-champ votre histoire,
Quand vous êtes avec un cœur éprouvé : Mais gardez toujours pour vous-même ipieUiue chose
Que vous ne dites guère à personne.
G;irantissez-vous aussi bien (jiie vous pouvez
|)c l.i di>;scctioii criti(|ut' :
POÉSIES DE HIRNS. 101
Mais regardez au travers de tous les autres lionimes D'un œil subtil et rusé. x
A la flamme sacrée d'un amour bien plaeé
Livrez-vous sans réserve ; Mais ne tentez jamais les voies illicites ,
Quand rien ne devrait le divulguer :
Je laisse de côté la gravité du péché,
Le hasard du secret ; Mais, hélas 1 il endurcit tout au dedans ,
Et pétrifie le sentiment :
Pour attraper un sourire doré de dame Fortune .
FaiteS'lui assidûment la cour ; Et amassez de l'argent par toutes les ruses
Qu'autorise 1 honneur ; Non pas pour le cacher dans une haie ,
Ni pour traîner une suite après vous ; Mais pour le glorieux privilège
D'être indépendant.
La peur de l'enfer est un fouet de bourreau
Pour maintenir les misérables dans l'ordre ; Mais , quand vous vous sentez retenu par votre honneur,
Que ce soit toujours là votre limite ; A ses plus légers attouchements , arrêtez-vous sur-le-champ — i
Repoussez tous les prétextes détournés, Et observez résolument ses lois ,
Sans vous soucier des conséquences.
Révérer le grand Créateur
Sied assurément à la créature ; Mais abstenez-vous du jargon prêcheur
Et même des traits rigides ; Pourtant, jusqu'à vous égarer avec les esprits profanes, ^
Ne poussez jamais la complaisance ; Le rire d'un athée est un pauvre dédommagement
Du courroux de la Divinité !
Quand nous sommes lancés dans le cercle des plaisirs,
La Religion peut se perdre de vue , Ou, si elle donne accidentellement un coup d'aiguillon.
Nous y pouvons faire peu d'attention ; Mais, lorsque dans la vie nous sommes battus ])ar la tempête,
Et que la conscience n'est qu'un chancre — Un commerce établi avec le Ciel
Est à coup sur une noble ancre 1
Adieu , aimable et cher jeune homme !
■Votre cœur ne fera jamais dcf.iut :
Puisse la prudence, le courage et la vérité
Tenir haut v<3tre front hardi 1 En termes de laboureur, « Dieu vous envoie la grâce »
De devenir chaque jour encore plus sage ; Et puissiez-vous mieux écouter cet avis
Que na jamais fait celui qui le donne.