POST-SCRIPTUM
Ma mémoire ne vaut pas une épingle ;
J'avais presque tout à fait oublié
Que vous m'aviez dit de vous écrire ce qu'on entendait
Par cette Jeune-Lumière, Au sujet de laquelle nos bergers ont été si souvent
Sur le point de se battre.
Aux jours où les hommes n étaient que des enfants En grammaire, logique, et autres talents pareils
I 20 PUtSŒS DE JR U>S.
Ils ne se donnuient aucune peine pour peser leurs paroles
Ou donner des règles.
Mais ils exprimaient leurs pensées en simple et plat écossais,
Comme vous ou moi.
Dans ces anciens temps . ils croyaient que la lune . Juste comme une chemise ou une paire de souliers . S" usait par degrés . jusqu'à ce que le dernier morceau
Disparût à leurs yeux.
Et que, peu après quelle était fm^e.
Ils en avaient une neuve.
Ceci était tenu pour certain — sans conteste ;
II ne leur était jamais venu en tète d'en douter.
Jusqu'à ce que des jeunes gens se levassent pour le réfuter,
Disant que c'était faux ; Et il y eut à ce sujet force tapage
Et long et bruyant.
Certains bergers, versés dans les livres.
Soutinrent que les vieux se méprenaient :
Car la vérité était (jue la vieille lune toiirnait un coin
Et disparaissait, Et , revenant , se remontrait
Plus brillante aux yeux.
Un le nia , on l'affirma ;
Les bergers et les troupeaux furent dans l'alarme :
Les vénérables barbes grises tempêtèrent et s'indignèrent
Que des blancs-becs Se crussent plus éclairés
Que leurs vieux parents.
De proche en proche on en vint aux luitons :
Des mots et des jurements aux bosses et aux entailles,
Et plus d'un garçon attrapa sur la tète
De bons coups.
Et (pielques-uns , pour leur apprendre à faire les malins,
Furent pendus et brûlés.
Ce jeu se joua dans beaucoup de terres .
Et les Vieille-Lumière avaient des mains telles.
Que. ma foi. les jeunes gagnèrent au largo
D'un pied agile.
Juscjuà ce que les lairds interdissent, par de strictes iUfeiis<'s
Ces sanglantes algarades.
Ur le> JiMnic-Lumicre axaient eu une l''ll<' fi.ivcur. < 'u on les <ro\iilt ruinée de fond en comble;
POESIES ])E ULllNS. I -' I
Mais voici que presque sur chaque butte
Vous en trouverez \n\ posté ; Et plusieurs avouent leur Jeune-Lumière hautement
Et tète levée.
Nul doute que les troupeaux de la Vieille-Lumière ne bêlent , Leurs pasteurs zélés sont furieux et tout en sueur : Moi-même , je les ai vus pleurer
En grinçant des dents, de rage D'entendre la Ivme si cruellement calomniée
En paroles et en écrits.
Mais avant peu ils mettront à la raison ces vauriens ! Certains Vieille-Lumière des villes voisines Ont l'intention de prendre leur vol
Dans des choses qu'ils nomment des ballons, Et de rester un mois parmi les lunes,
Et de les bien voir.
Ils feront bien attention à elles ;
Et (fuand la vieille lune les aura quittes.
Le dernier morceau, ils remporteront
Dans leui' poche .
Et (juand les Jeune-Lumière les verront ,
Je pense qu'ils se prosterneront '.
Ainsi vous voyez que tout ce bruit
>«" est rien qu'une « chose en l'air ; »
Mais quoicpie les gens lourds de la prose crachent du Uitin .
Dans leurs querelles logiques.
J'espère que nous, bardes, nous sommes plus avisés
Que de nous occuper d'une telle dispute.